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CONVENTION NATIONALE (1793).
redoutable, il satisfaisait son aristocratie par sespréparatifs, il dépopularisait notre révolution parles déclamations qu’il payait; et tandis qu’il serenforçait ainsi en silence, il nous préparait uneligue accablante qui, en occupant toutes nos for-ces, ne nous permettrait ni de secourir nos colo-nies, ni d’arrêter les succès de la puissance an-glaise dans l’Inde .
Jamais à aucune époque on ne vit l’Europe êtresaisie d’un pareil aveuglement, et commettre au-tant de fautes contre elle-même. Dans l’Occident ,en effet, on voyait l’Espagne, la Hollande , toutesles puissances maritimes, égarées par les passionsaristocratiques, s’armer avec leur ennemie l’An-gleterre contre la France leur seule alliée. Onvoyait encore la Prusse, par une inconcevable va-nité, s’unir au chef de l’Empire contre cette France dont le grand Frédéric avait toujours recommandél’alliance. Le petit roi de Sardaigne tombait dansla même faute par des motifs à la vérité plus natu-rels, ceux de la parenté. Dans l’Orient et le Nord ,on laissait Catherine commettre un crime contrela Pologne, un attentat contre la sûreté de l’Alle-magne , pour le frivole avantage d’acquérir quel-ques provinces, et pour pouvoir encore déchirerla France sans distraction. On méconnaissait doncà la fois toutes les anciennes et utiles amitiés, eton cédait aux perfides suggestions des deux domi-nations les plus redoutables, pour s’armer contrenotre malheureuse patrie, ancienne protectrice oualliée de ceux qui l’attaquaient aujourd’hui. Toutle monde y contribuait, tout le monde se prêtaitaux vues de Pitt et de Catherine; d’imprudentsFiançais parcouraient l’Europe pour hâter ce fu-neste renversement de la politique et de la pru-dence, et pour altirersur leur pays le plus affreuxdes orages. El quels étaient les motifs d’une aussiétrange conduite ? On livrait la Pologne à Cathe-rine, parce qu’elle avait voulu régulariser son an-tique liberté; on livrait la Fiance à Pitt, parcequ’elle avait voulu se donner la liberté qu’elle n’a-vait pas encore! Sans doute la France avait com-mis des excès; mais ces excès devaient s’accroîtreencore avec la violence de la lutte, et on allait,sans parvenir à immoler celte liberté détestée,préparer trente ans de la guerre la plus meurtrière,provoquer dévastés invasions, faire naître un con-quérant, amener des désordres immenses, et finirpar l’établissement des deux colosses qui domi-nent aujourd’hui l’Europe sur les deux éléments,l’Angleterre et la Russie .
Au milieu de cette conjuration générale, le Da-nemark seul, conduit par un ministre habile,et la Suède , délivrée des rêves présomptueux deGustave, gardaient une sage réserve que la Hol-lande et l’Espagne auraient dû imiter en se réu-nissant au système de la neutralité armée. Legouvernement français avait parfaitement jugé cesdispositions générales, et l’impatience qui le ca-ractérisait dans ce moment ne lui permettait pasd’attendre les déclarations de guerre, mais le por-tait au contraire à les provoquer. Depuis le 10 août,il n’avait cessé de demander à être reconnu, maisil avait gardé encore quelque mesure à l’égard del’Angleterre, dont la neutralité était précieuse àcause des ennemis qu’on avait déjà à combattre.Mais après le 21 janvier, il avait mis toutes lesconsidérations de côté, et il était décidé à uneguerre universelle. Voyant que les hostilités ca-chées n’étaient pas moins dangereuses que leshostilités ouvertes, il se hâta de faire déclarerses ennemis; aussi, dès le 22 janvier, la conven-tion nationale passa en revue tous les cabinets,ordonna des rapports sur la conduite de chacund’eux à l’égard de la France , et se prépara à leurdéclarer la guerre s’ils lardaient à s’expliquer d’unemanière catégorique.
Depuis le 10 août, l’Angleterre avait retiré sonambassadeur de Paris , et n’avait souffert l’ambas-sadeur français à Londres , M. de Chauvelin, quecomme envoyé de la royauté renversée. Toutes cessubtilités diplomatiques n’avaient d’autre but quede satisfaire aux convenances à l’égard du roi en-fermé au Temple, et en même temps de différerles hostilités qu’il ne convenait pas de commencerencore. Cependant Pitt feignit de demander unenvoyé secret, pour expliquer ses griefs contre legouvernement français . On envoya le citoyen Ma-rel, dans le mois de décembre. Il eut avec Pitt unentretien particulier. Après de mutuelles protes-tations, pour déclarer que l’entrevue n’avait riend’olïiciel, qu’elle était tout amicale, et qu’elle n’a-vait d’autre motif que le désir bienveillant de con-tribuer à éclairer les deux nations sur leurs griefsréciproques, Pitt se plaignit de ce que la France menaçait les alliés de l’Angleterre, attaquait mêmeleurs intérêts, et en preuve il cita la Hollande. Legrief principalement allégué fut l’ouverture del’Escaut, mesure peut-être imprudente, mais gé-néreuse, que les Français avaient prise en entrantdans les Pays-Bas . Il était absurde en effet que,pour procurer aux Hollandais le monopole de la