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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

navigation, les Pays-Bas , que traverse l’Escaut,ne pussent pas faire usage de ce fleuve. L’Autriche n’avait pas osé abolir cette servitude, mais Du-mouriez le fit par ordre de son gouvernement, etles habitants d’Anvers virent avec joie des naviresremonter l’Escaut jusque dans leur ville. La ré-ponse était facile ; car la France , en respectant lesdroits des voisins neutres, n’avait pas promis deconsacrer des iniquités politiques, parce que lesneutres y seraient intéressés. D’ailleurs, le gou-vernement hollandais s’était montré assez malveil-lant pour qu’on ne lui dût pas de si grands ména-gements. Le second grief allégué était le décret du15 novembre, par lequel la convention nationalepromettait secours à tous les peuples qui secoue-raient le joug de la tyrannie. Ce décret, imprudentpeut-être, rendu dans un moment d’enthousiasme,ne signifiait pas, comme le prétendait Pilt, qu’oninvitait tous les peuples à la révolte, mais quedans tous les pays en guerre avec la révolution ,on prêterait secours aux peuples contre leurs gou-vernements. Pilt se plaignait enfin des menaceset des déclamations continuelles qui partaient desJacobins contre tous les gouvernements ; et sousce rapport, les gouvernements n’étaient pas en resteavec les jacobins, et on ne se devait rien en faitd’injures.

Cet entretien n’amena rien, et laissa voir seu-lement que l’Angleterre cherchait des longueurspour différer la guerre, qu’elle voulait sans doute,mais qu’il ne lui convenait pas encore de déclarer.Cependant le célèbre procès du mois de janvierprécipita les événements : le parlement anglais futsoudainement réuni et avant le terme ordinaire.Une loi inquisitoriale fut rendue contre les Fran-çais qui voyageaient en Angleterre ; la Tour deLondres fut armée, on ordonna la levée des mili-ces; des préparatifs et des proclamations annoncè-rent une guerre imminente. On excita la populacede Londres ; on réveilla cette aveugle passion qui,en Angleterre, fait regarder une guerre contre laFrance comme un grand service national ; on arrêtaenfin des vaisseaux chargés de grains qui venaientdans nos ports; et à la nouvelle du 21 janvier,l’ambassadeur français , que jusque-là on avait re-fusé en quelque sorte de reconnaître, reçut l’ordrede sortir sous huit jours du royaume. La conven-tion nationale ordonna aussitôt un rapport sur laconduite du gouvernement anglais envers la France ,sur ses intelligences avec le stalhouder des Pro-vinces-IJnies; et le premier février, après avoir

entendu Brissot qui, pour un moment, réunit lesapplaudissements des deux partis, elle déclara so-lennellement la guerre à la Hollande et à l’Angle-terre. La guerre avec le gouvernement espagnol était imminente, et sans être encore déclarée, onla regardait comme telle. La France avait ainsil’Europe tout entière pour ennemie, et la condam-nation du 21 janvier fut l’acte par lequel elle avaitrompu avec tous les trônes, et s’était engagée irré-vocablement dans la carrière de la révolution.

Il fallait soutenir l’assaut terrible de tant depuissances conjurées, et quelque riche que fût laFrance en population et en matériel, il était diffi-cile qu’elle pût résister à l’effort universel dirigécontre elle. Cependant, ses chefs n’en étaient pasmoins remplis de confiance et d’audace. Les succèsinespérés de la république dans l’Argonne et dansla Belgique leur avaient persuadé que tout homme,surtout le Français , pouvait devenir un soldat ensix mois. Le mouvement qui agitait la France leurfaisait croire en outre que la population entièrepouvait être transportée sur les champs de bataille,et qu’ainsi il était possible de réunir jusqu’à troisou quatre millions d’hommes, qui seraient bientôtdes soldats, et surpasser de la sorte tout ce quepourraient faire tous les souverains de l’Europe ensemble. —Voyez, disaient-ils, tous les royau-mes; c’est une petite quantité d’hommes, recrutésavec effort, qui remplissent les cadres des armées;la population entière y est étrangère, et on voitune petite poignée d’individus enrégimentés déci-der du sort des empires les plus vastes. Mais sup-posez, au contraire, une nation tout entière arra-chée à la vie privée, et s’armant pour sa défense,ne doit-elle pas détruire tous les calculs ordinaires?Qu’y a-t-il d’impossible à vingt-cinq millions d’hom-mes qui exécutent? Quant aux dépenses, elles neles inquiétaient pas davantage. Le capital des biensnationaux s’augmentait chaque jour par l’émigra-tion, et il excédait de beaucoup la dette. Dans lemoment, ce capital n’avait pas de valeur par ledéfaut d’acheteurs, mais les assignats en tenaientla place, et leur valeur fictive suppléait à la valeurfuture des biens qu’ils représentaient. Au cours,ils étaient réduits à un tiers de leur valeur nomi-nale ; mais ce n’était qu’un tiers à ajouter à la cir-culation , et ce capital était si énorme, qu’il suffisaitau delà à l’excédant qu’il fallait émettre. Aprèstout, ces hommes qu’on allait transporter sur lechamp de bataille vivaient bien dans leurs foyers,beaucoup même vivaient avec luxe, pourquoi ne