CONVENTION NATIONALE (1793).
vivraienl-ils pas en campagne? la lcrre et le vivrepeuvent-ils manquer à des hommes, quelque partqu’ils se trouvent? D’ailleurs, Tordre social telqu’il existait avait des richesses plus qu’il n’enfallait pour suffire au besoin de tous; il n’y avaitqu’à en faire une meilleure distribution; et pourcela, on se proposait d’imposer les riches et deleur faire supporter les frais de la guerre. Enfin,les États dans lesquels on allait pénétrer, ayantaussi un ancien ordre social à renverser, des abusà détruire, pourraient réaliser des profits immen-ses sur le clergé, la noblesse, la royauté, et ilsdevaient payer à la France le secours qu’on leurfournissait.
C’est ainsi que raisonnait l’ardente imaginationde Cambon, et ces idées envahissaient toutes lestêtes. L’ancienne politique des cabinets calculaitautrefois sur cent et deux cent mille soldats, payésavec quelques taxes ou quelques revenus de do-maine ; maintenant c’est tout une masse d’hommesqui se levait elle-même, et se disait : Je compo-serai les armées; qui regardait à la somme géné-rale des richesses, et se disait encore : Cellesomme est suffisante, et, partagée entre tous, ellesuffira au besoin de tous. Sans doute ce n’était pasla nation entière qui tenait ce langage, mais c’étaitla portion la plus exaltée qui formait ces résolu-tions, et qui allait, par tous les moyens, les im-poser à la masse de la nation.
Avant de montrer la distribution des ressourcesimaginées par les révolutionnaires français , il faut jse porter sur nos frontières, et y voir comments était achevée la dernière campagne. Son débutavait été brillant, mais un premier succès, malsoutenu , n’avait servi qu’à étendre notre ligned'opérations, et à provoquer de la part de l’ennemian effort plus grand et plus décisif. Ainsi notredéfense était devenue plus difficile, parce qu’elleétait plus étendue; l’ennemi battu devait réagiravec énergie, et son effort redoublé allait concouriravec une désorganisation presque générale de nosarmées. Ajoutez que le nombre des coalisés étaitdoublé, car les Anglais sur nos côtes, les Espa-gnols sur les Pyrénées , les Hollandais vers le norddes Pays-Bas , nous menaçaient de nouvelles at-taques.
Dumouriez s’était arrêté sur les bords de laMeuse, et n’avait pu pousser jusqu’au Rhin , pardes raisons qui n’ont pas été assez appréciées,Parce qu’on n’a pu s’expliquer les lenteurs quiavaient suivi la rapidité de scs premières opéra-
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tions. Arrivé à Liège , la désorganisation de son ar-mée était complète. Les soldats étaient presquenus; faute de chaussure, ils s’enveloppaient lespieds avec du foin ; ils n’avaient, avec quelque abon-dance, que la viande et le pain, grâceà un marchéque Dumouriez avait maintenu d’autorité. Maisl’argent manquait pour leur fournir le prêt, et ilspillaient les paysans, ou se battaient avec eux pourleur faire recevoir des assignats. Les chevaux mou-raient de faim faute de fourrages, et ceux de l’ar-tillerie avaient péri presque tous. Les privations, leralentissement de la guerre, ayant dégoûté les sol-dats , tous les volontaires partaient en bandes, s’ap-puyant sur un décret qui déclarait que la patrieavait cessé d’être en danger. Il fallut un autre dé-cret de la convention pour empêcher la désertion,et quelque sévère qu’il fût, la gendarmerie placéesur les routes suffisait à peine à arrêter les fuyards.L’armée était réduite d’un tiers. Ces causes réuniesempêchèrent de poursuivre les Autrichiens avectoute la vivacité nécessaire. Clerfayt avait eu etemps de se retrancher sur les bords de l’Erft, Beau-lieu du côté de Luxembourg ; et il était impossibleà Dumouriez , avec une armée réduite à trente ouquarante mille hommes, de chasser devant lui unennemi retranché dans des montagnes et des bois,et appuyé sur Luxembourg , Tune des plus fortesplaces du monde. Si, comme on le répétait sanscesse, C.ustine, aulieu defairedes courses en Alle-magne, se fût rabattu sur Coblentz , s’il s’étaitjoint à Beurnonville pour prendre Trêves , et quetous deux eussent ensuite descendu le Rhin, Du-mouriez s’y serait porté de son côté, par Cologne ;tous trois se donnant ainsi la main, Luxembourg se serait trouvé investi, et serait tombé par défautde communications. Mais rien de tout cela n’avaiteu lieu; Custine, voulant attirer la guerre de soncôté, ne fit que provoquer inutilement une décla-ration de la diète impériale, qu’irriter la vanité duroi de Prusse, et l’engager davantage dans la coa-lition; Beurnonville, réduit à ses propres forces,n’avait pu faire tomber Trêves ; et l’ennemi s’étaitmaintenu à la fois dans l’électorat de Trêves etdans le duché de Luxembourg . En cet état dechoses, Dumouriez, en s’avançant vers le Rhin , au-rait découvert son flanc droit et ses derrières, etn’aurait pu d’ailleurs, dans la situation où se trou-vait son armée, envahir le pays immense qui s’é-tend de la Meuse jusqu’au Rhin et jusqu’aux fron-tières de la Hollande, pays difficile, sans moyensde transport, coupe de bois, de montagnes, et oc-