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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

cupé par un ennemi encore respectable. CertesDumouriez , s’il en avait eu les moyens, aurait bienmieux aimé faire des conquêtes sur le Rhin quevenir solliciter à Paris pour Louis XVI . Le zèlepour la royauté, qu’il s’est attribué à Londres pourse faire valoir, et que les jacobins lui ont imputéà Paris pour le perdre, n’était pas assez grand pourle faire renoncer à des victoires, et venir se com-promettre au milieu des factions de la capitale. Ilne quitta le champ de bataille que parce qu’il n’ypouvait plus rien faire, et parce qu’il voulait, parsa présence auprès du gouvernement, terminer lesdifficultés qu’on lui avait suscitées en Belgique .

On a déjà vu au milieu de quels embarras allaitle placer sa conquête. Le pays conquis désirait unerévolution, mais ne la voulait pas entière et radi-cale comme la révolution de France. Dumouriez ,par goût, par politique, par raison de prudencemilitaire, devait se prononcer naturellement poul-ies penchants modérés des pays qu’il occupait.Déjà, on l’a vu en lutte pour épargner aux Belgesles inconvénients de la guerre, pour les faire parti-ciper au profit des approvisionnements, enfin pourleur insinuer plutôt que leur imposer les assignats.Il n’était payé de tant de soins que par les invec-tives des jacobins. Cambon avait préparé une autrecontrariété à Dumouriez en faisant rendre le dé-cret du 15 décembre. « Il faut, avait dit Cambon» au milieu des plus vifs applaudissements, nous» déclarer pouvoir révolutionnaire dans les paysj où nous entrons. Il est inutile de nous cacher;» les despotes savent ce que nous voulons; il faut» donc le proclamer hautement puisqu’on le devine,d et que d’ailleurs la justice en peut être avouée.» Il faut que, partout où nos généraux entreront,» ils proclament la souveraineté du peuple, l’abo-» Iition de la féodalité, de la dîme, de tous les» abus; que toutes les anciennes autorités soient» dissoutes, que de nouvelles administrations Io-» cales soient provisoirement formées, sous la* direction de nos généraux ; que ces adminislra-» lions gouvernent le pays et avisent aux moyens de» former des conventions nationales qui décideront» de son sort; que sur-le-champ les biens de nos» ennemis, c’est-à-dire les biens des nobles, desd prêtres, des communautés, laïques ou religieuses,» des églises, etc., soient séquestrés et mis sous la» sauvegarde de la nation française, pour qu’il en» soit tenu compte aux administrations locales, et» pour qu’ils servent de gage aux frais de la guerre,» dont les pays délivrés devront supporter une

» partie, puisque cette guerre a pour but de less affranchir. 11 faut qu’après la campagne on entre» en compte. Si la république a reçu en fournitures» plus qu’il ne faut pour la portion de frais qu’on» lui devra, elle payera le surplus, sinon on le lui» payera à elle. Il faut que nos assignats, fondés» sur la nouvelle distribution de la propriété, soient» reçus dans les pays conquis, et que leur champ» s’étende avec les principes qui les ont produits;» qu’enfin le pouvoir exécutif envoie des commis-» saires pour s’entendre avec ces administrations» provisoires, pour fraterniser avec elles, tenir les» comptes de la république, etexécuterleséquestrcn décrété. Point de demi-révolution, ajoutait Cam-» bon. Tout peuple qui ne voudra pas ce que nous» proposons ici sera notre ennemi, et méritera» d’être traité comme tel. Paix et fraternité à tous» les amis de la liberté, guerre aux lâches parti-d sans du despotisme ; guerre aux châteaux, paixy aux chaumières! »

Ces dispositions avaient été sur-le-champ consa-crées par un décret, et mises à exécution danstoutes les provinces conquises. Aussitôt une nuéed’agents, choisis par le pouvoir exécutif dans lesjacobins, s’étaient répandus dans la Belgique . Lesadministrations provisoires avaient été forméessous leur influence, et ils les poussaient à la plusexcessive démagogie. Le bas peuple, excité par euxcontre les classes moyennes, commettait les plusgrands désordres. C’était l’anarchie de 95, qui,amenée progressivement chez nous par quatreannées de troubles, se produisait là tout à coup, etsans aucune transition de l’ancien au nouvel ordrede choses. Ces proconsuls, revêtus de pouvoirspresque absolus, faisaient emprisonner, séquestrerhommes et biens; en faisant enlever toute l’argen-terie des églises, ils avaient fort indisposé lesmalheureux Belges, très-attachés à leur culte, etsurtout donné lieu à beaucoup de malversations.Ils avaient formé des espèces de conventions pourdécider du sort de chaque contrée, et, sous leurdespotique influence, la réunion à la France futvotée à Liège, à Bruxelles, à Mons , etc... C’étaientlà des malheurs inévitables, et d’autant plus grands,que la violence révolutionnaire se joignait, pourlesproduire, à labrutalitémilitaire. Des divisionsd’un autre genre éclataient encore dans ce malheu-reux pays. Les agents du pouvoir exécutif préten-daient asservir à leurs ordres les généraux qui setrouvaient dans l’étendue de leur commissariat; etsi ces généraux n’étaient pas jacobins, comme il