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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

Rliin et des Vosges, de Mayence à Besançon et àGex. Enfin une réserve était préparée à Chàlons ,avec le matériel nécessaire pour se rendre partoutoù le besoin l’exigerait. On faisait garder la Savoie et Nice par deux armées de soixante-dix millehommes chacune; les Pyrénées par une de qua-rante mille; on plaçait sur les côtes de l’Océan etde la Bretagne quarante-six mille hommes, dontpartie servirait à l’embarquement, s’il était néces-saire. Sur ces cinq cent deux mille hommes, il yen avait cinquante de cavalerie, etvingt d’artillerie.Telle était la force projetée; mais la force effectiveétait bien moindre, et se réduisait à deux centsoixante-dix mille hommes, dont cent mille dansles diverses parties delà Belgique , vingt-cinq millesur la Moselle, quarante-cinq mille à Mayence ,sous les ordres de Custine, trente mille sur le hautRhin, quarante mille en Savoie et à Nice , et trentemille au plus dans l’intérieur. Mais pour arriverau complet, l’assemblée décréta que le recrute-ment se ferait dans les gardes nationales; que toutmembre de cette garde, non marié, ou marié sansenfants, ou veuf sans enfants, était à la dispositiondu pouvoir exécutif, depuis dix-huit ans jusqu’àquarante-cinq. Elle ajouta que trois cent millehommes étaient encore nécessaires pour résister àla coalition, et que le recrutement ne s’arrêteraitque lorsque ce nombre serait atteint *. En mêmetemps, on ordonna l’émission de huit cent millionsd’assignats, et la coupe des bois de la Corse pourles constructions de la marine.

En attendant l’accomplissement de ces projets,on entra en campagne avec deux cent soixante-dixmille hommes. Dumouriez en avait trente mille surl’Escaut, et environ soixante-dix mille sur laMeuse. Envahir rapidement la Hollande était unprojet audacieux qui fermentait dans toutes lestêtes, et auquel Dumouriez était forcément en-traîné par l’opinion générale. Plusieurs plans furentproposés. L’un, imaginé par les réfugiés batavessortis de leur patrie après la révolution de 1787,consistait à envahir la Zélande avec quelques millehommes, et à s’emparer du gouvernement, quivoulait s’y retirer. Dumouriez avait feint de seprêter à ce plan, mais il le trouvait stérile, parceque c’était se réduire à l’occupation d’une partiepeu considérable et d’ailleurs peu importante de laHollande. Le second lui appartenait; il consistait àdescendre la Meuse parVenloo jusqu’à Grave, à se

* Décret tkt 24 février.

rabattre de Grave surNimègue, et àfondre ensuitesur Amsterdam . Ce projet eût été le plus sûr, si onavait pu prévoir l’avenir. Mais, placé à Anvers ,Dumouriez en conçut un troisième, plus hardi,plus prompt, plus convenable à l’imagination ré-volutionnaire, et plus fécond en résultats décisifs,s’il eûtréussi. Tandis que ses lieutenants, Miranda,Valence, Dampierre et autres, descendraient laMeuse , en occupant Macstricht, dont on n’avaitpas voulu s’emparer l’année précédente, et Venloo ,qui ne devait pas résister longtemps, Dumouriez avait le projet de prendre avec lui vingt-cinq millehommes, et de se porter furtivement entre Berg-op-Zoom et Bréda, d’arriver ainsi au Moerdyk, detraverser la petite mer du Bielbos, et de courir parles embouchures des fleuves jusqu’à Leyde et Am-sterdam . Ce plan audacieux n’était pas moins fondéque beaucoup d’autres qui ont réussi, et, s’il étaithasardeux, il offrait cependant de bien plus grandsavantages que celui d’attaquer directement parVenloo et Nirnègue. En prenant ce dernier parti,Dumouriez attaquait de front les Hollandais, quiavaient déjà fait tous leurs préparatifs entre Graveet Gorkum, et il leur donnait même le temps de serenforcer d’Anglais et de Prussiens . Au contraire,en passant par l’embouchure des fleuves, il péné-trait par l’intérieur de la Hollande, qui n’était pasdéfendu, et s’il surmontait l’obstacle des eaux, laHollande était à lui. En revenant d’Amsterdam , ilprenait les défenses à revers, et faisait tout tomberentre lui et ses lieutenants, qui devaient le joindrepar Nirnègue et Utrecht .

Il était naturel qu’il prit le commandement del’armée d’expédition, parce que c’était là qu’il fal-lait le plusde promptitude, d’audace et d’habileté.Ce projet avait le danger de tous les plans d’of-fensive, c’était de s’exposer soi-même à l’invasionen se découvrant. Ainsi la Meuse restait ouverteaux Autrichiens; mais, dans le cas d’une offensiveréciproque, l’avantage reste à celui qui résiste lemieux au danger et cède le moins vite à la terreurde l’invasion.

Dumouriez envoya sur la Meuse Thouvenot,dans lequel il avait toute confiance; il fit connaîtreà ses lieutenants, Valence et Miranda, les projetsqu’il leur avait cachés jusque-là; il leur enjoignitde hâter les sièges de Maestricht et de Venloo , et,en cas de retard, de se succéder devant ces places,de manière à faire toujours des progrès vers Ni-mègue. 11 leur recommanda encore de fixer despoints de ralliement autour de Liège et d’Aix -la-