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Tome I.
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en commandant les années françaises , et si cetteespérance le rendait pins indulgent pour les vio-lences révolutionnaires, aujourd’hui battu, dépo-pularisé, attribuant la désorganisation de son ar-mée à ces mêmes violences, il voyait avec horreurdes désordres qu’il avait pu autrefois ne considé-rer qu’avec indifférence. Élevé dans les cours,ayant vu de ses yeux quelle machine fortementorganisée il fallait pour assurer la durée d’un État,il ne pouvait concevoir que des bourgeois soulevéspussent suffire à une opération aussi compliquéeque celle du gouvernement. Dans une telle situa-tion, si un général, administrateur et guerrier à lafois, tient la force dans ses mains, il est difficileque l’idée ne lui vienne pas de l’employer, pourterminer des désordres qui épouvantent sa penséeet menacent même sa personne. Dumouriez étaitassez hardi pour concevoir une pareille idée ; et,ne voyant plus d’avenir en servant la révolutionpar des victoires, il songea à s’en former un autreen ramenant cette révolution à la constitutionde 1791, et en la réconciliant à ce prix avec toutel'Europe. Dans ce plan, il fallait un roi, et leshommes importaient assez peu à Dumouriez pourqu’il ne s’inquiétât pas beaucoup du choix. On luireprocha alors de vouloir placer sur le trône lamaison d’Orléans. Ce qui porta à le croire, c’estson affection pour le duc de Chartres, auquel ilavait ménagé à l’armée le rôle le plus brillant.Mais cette preuve était fort insignifiante, car lejeune duc avait mérité tout ce qu’il avait obtenu,et d’ailleurs rien ne prouvait dans sa conduite unconcert avec Dumouriez . Une autre considérationpersuada tous les esprits : c’est que, dans le mo-ment, il n’y avait pas d’autre choix possible, si onvoulait créer une dynastie nouvelle. Le fils du roimort était trop jeune, et d’ailleurs le régicide n’ad-mettait pas une réconciliation aussi prompte avecla dynastie. Les oncles étaient en état d’hostilité ;et il ne restait que la branche d’Orléans , aussicompromise dans la révolution que les jacobinseux-mêmes, et seule capable d’écarter toutes lescraintes des révolutionnaires. Si l’esprit agité deDumouriez s’arrêta à un choix, il ne put en formerd’autre alors, et ce fut cette nécessité qui le fitaccuser de songer à mettre la famille d’Orléans surle trône. 11 le nia dans l’émigration; mais cettedénégation intéressée ne prouve rien, et il ne fautpas plus le croire sur ce point que sur la date an-térieure qu’il a prétendu donner à ses desseins.Il a voulu dire en effet que son projet de résistance

FRANÇAISE.

contre les jacobins était plus ancien ; mais ce faitest faux. Ce n’est qu’alors, c’est-à-dire lorsque lacarrière des succès lui fut fermée, qu’il songea às’en ouvrir une autre. Dans ce projet, il entrait duressentiment personnel, du chagrin de ses revers,enfin une indignation sincère, mais tardive, contreles désordres sans issue qu’il prévoyait mainte-nant sans aucune illusion.

Le 22, il trouva à Louvain Danton et Lacroixqui venaient lui demander raison de la lettre écritele 12 mars à la convention, et tenue secrète par lecomité de sûreté générale. Danton , avec lequel ilsympathisait, espérait le ramener à des sentimentsplus calmes, et le rattacher à la cause commune.Mais Dumouriez traita les deux commissaires, etDanton lui-même, avec beaucoup d’humeur, etleur laissa découvrir les plus sinistres dispositions.Il se répandit en nouvelles plaintes contre la con-vention et les jacobins, et ne voulut pas rétractersa lettre. Seulement, il consentit à écrire deuxmots, pour dire qu’il en donnerait plus tard l’ex-plication. Danton et Lacroix partirent sans avoirrien pu obtenir, et le laissant dans la plus violenteagitation.

Le 23, après une résistance assez vive pendanttoute la journée, plusieurs corps abandonnèrentleurs postes, et il fut obligé de quitter Louvain endésordre. Heureusement l’ennemi n’aperçut riende ce mouvement, et n’en profita pas pour acheverde jeter la confusion dans notre armée, en la pour-suivant. Dumouriez sépara alors la troupe de lignedes volontaires, la réunit à l’artillerie, et en com-posa un corps d’élite de quinze mille hommes,avec lequel il se plaça lui-même à l'arrière-garde.Là, se montrant au milieu de ses soldats, escar-mouchant tous les jours avec eux, il parvint àdonner à sa retraite une attitude plus ferme. Il fitévacuer Bruxelles avec beaucoup d’ordre, traversacette ville le 23, et le 27 vint camper à Ath. Là,il eut de nouvelles conférences avec le colonelMack, en fut traité avec beaucoup de délicatesseet d’égards; et cette entrevue, qui n’avait pourobjet que de régler les détails de l’armistice, sechangea bientôt en une négociation plus impor-tante. Dumouriez confia tous ses ressentiments aucolonel étranger, et lui découvrit ses projets d erenverser la convention nationale. Ici, abusé p arle ressentiment, s’exaltant sur l’idée d’une désor-ganisation générale, le sauveur de la France dansl’Argonne obscurcit sa gloire en traitant avec unennemi dont l’ambition devait rendre toutes Ie s