CONVENTION NATIONALE (1795).
501
après le 10 août; et plusieurs autres, sans se dé-clarer encore, étaient prêts à l’abandonner.
Le 31, six volontaires, portant sur leur chapeauces mois écrits avec de la craie : République ou lamort, l’abordèrent dans son camp, et firent minede vouloir s’emparer de sa personne. Aidé de sonfidèle Baptiste, il les repoussa et les livra à seshussards. Cet événement causa une grande rumeurdans l’armée; les divers corps lui firent dans lajournée des adresses qui ranimèrent sa confiance.II leva aussitôt l’étendard, et détacha Miaczinskyavec quelques mille hommes pour marcher surLille . Miaczinsky s’avança sur celle place, et con-fia au mulâtre Saint-George qui commandait unrégiment de la garnison, le secret de son entreprise.Celui-ci engagea Miaczinski à se présenter dans laplace avec une légère escorte. Le malheureux gé-néral se laissa entraîner, et une fois entré dansLille , il fut entouré et livré aux autorités. Les por-tes furent fermées, et la division erra sans géné-ral sur les glacis de Lille. Dumouriez envoya aus-sitôt un aide de camp pour la rallier. Mais l’aidede camp fut pris aussi, et la division dispersée,fut perdue pour lui. Après cette tentative malheu-reuse, il en essaya une pareille sur Valenciennes ,où commandait le général Ferrand, qu’il croyaittrès-bien disposé en sa faveur. Mais l'officierchargé de surprendre la place trahit ses projets,s’unit à Ferrand et aux commissaires delà conven-tion, et il perdit encore Valenciennes . Il ne luirestait donc plus que Condé. Placé entre la France et l’étranger, il n’avait que ce dernier point d’ap-pui. S’il le perdait, il fallait qu’il se soumît auxImpériaux, qu’il se remît entièrement dans leursmains, et qu’il s’exposât à indigner son armée, enles faisant marcher avec elle.
Le d" avril, il transporta son quartier généralaux boues deSaint-Amand, pour être plus rappro-c hé de Condé. II fit arrêter le fils de Lecointre,député de Versailles , et l’envoya comme otage àTournay , en priant l’Autrichien Clerfaytdele faire§arder en dépôt dans la citadelle. Le 2 au soir,^ e s quatre députés de la convention, précédés debeurnonville, arrivèrent chez Dumouriez . Leshus-Sa i’ds de Berchiny étaient en bataille devant saP°rte, et tout son état-major était rangé autour detai. Dumouriez embrassa d’abord son ami Beur-n °nville, et demanda aux députés l’objet de leurfission. Ils refusèrent de s’expliquer devant cettetaule d’officiers dont les dispositions leur parais-sent pp u rassurantes, et ils voulurent passer
dans un appartement voisin. Dumouriez y consen-tit, mais les officiers exigèrent que la porte enrestât ouverte. Camus lui lut alors le décret, enlui enjoignant de s’y soumettre. Dumouriez répon-dit que l’état de son armée exigeait sa présence,et que lorsqu’elle serait réorganisée, il verrait cequ’il aurait à faire. Camus insista avec force; maisDumouriez répondit qu’il ne serait pas assez dupepour se rendre à Paris , et se livrer au tribunalrévolutionnaire; que des tigres demandaient satête, mais qu’il ne voulait pas la leur donner. Lesquatre commissaires l’assurèrent en vain qu’onn’en voulait pas à sa personne, qu’ils répondraientde lui, que cette démarche satisferait la conven-tion , et qu’il serait bientôt rendu à son armée. Ilne voulut rien entendre, il les pria de ne pas lepousser à l’extrémité , et leur dit qu’ils feraientmieux de prendre un arrêté modéré, par lequel ilsdéclareraient que, dans le moment, le généralDumouriez leur avait paru trop nécessaire pourl’arracher à son armée. Il sortit en achevant cesmots, et leur enjoignit de se décider. Il repassaalors avec Beurnonville dans la salle où se trou-vait l’état-major, et attendit au milieu de ses offi-ciers l’arrêté des commissaires. Ceux-ci, avec unenoble fermeté, sortirent un instant après, et luiréitérèrentleursommation.— « Voulez-vousobéirà la convention? lui dit Camus. — Non, répliqua legénéral. — Eh bien ! reprit Camus, vous êtes sus-pendu de vos fonctions ; vos papiers vont être sai-sis et votre personne arrêtée. — C’est trop fort,s’écria Dumouriez ; à moi, hussards ! — Les hus-sards accoururent. Arrêtez ces gens-là, leur dit-ilen allemand ; mais qu’on ne leur fasse aucun mal.—Beurnonville le pria de lui faire partager leursort. — Oui, lui répondit-il, et je crois vous ren-dre un véritable service ; je vous arrache au tribu-nal révolutionnaire, s
Dumouriez leur fit donner à manger, et les en-voya ensuite à Tournay , pour être gardés en otagepar les Autrichiens. Dès le lendemain matin, ilmonta à cheval, fit une proclamation à l’armée età la France , et trouva dans ses soldats, surtoutceux de la ligne, les dispositions en apparence lesplus favorables.
Toutes ces nouvelles étaient successivement ar-rivées à Paris . On y avait connu l’entrevue de Du-mouricz avec Proly, Dubuisson et Pereyra, sestentatives sur Lille et Valenciennes , et enfin l’ar-restation des quatre commissaires. Sur-le-champla convention, les assemblées municipales, les