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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

sociétés populaires, s’étaient déclarées perma-nentes, la tête de Dumouriez avait été mise àprix, tous les parents des officiers de son arméeavaient été mis en arrestation pour servir d’ota-ges. On ordonna dans Paris et les villes voisinesla levée d’un corps de quarante mille hommespour couvrir la capitale, et Dampierre reçut lecommandement général de l’armée de la Belgique .A ces mesures d'urgence se joignirent, commetoujours, des calomnies. Partout on rangeait en-semble Dumouriez, d’Orléans , les girondins, eton les déclarait complices. Dumouriez était, di-sait-on, un de ces aristocrates militaires, unmembre de ces anciens états-majors dont on necessait de dévoiler les mauvais principes; d'Orléans était le premier de ces grands qui avaient feintpour la liberté un faux attachement, et qui se dé-masquait après une hypocrisie de quelques an-nées; les girondins enfin n’étaient que des dépu-tés devenus infidèles comme tous les membres detouslcs côtés droits, et qui abusaient de leurs man-dats pour perdre la liberté. Dumouriez ne fai-sait, un peu plus tard, que ce que Bouillé et La-fayelte avaient fait plus tôt; d’Orléans tenait lamême conduite que les autres membres de la fa-mille des Bourbons, et il avait seulement persistédans la révolution un peu plus longtemps que lecomte de Provence ; les girondins, comme Mauryet Cazalès dans la constituante, comme Vaublanc ,Pastoret dans la législative, trahissaient leur pa-trie aussi visiblement, mais seulement à des épo-ques différentes. Ainsi, Dumouriez, d’Orléans ,Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné , etc.,tous complices, étaient les traîtres de celte année.

Les girondins répondaient en disant qu’ilsavaient toujours poursuivi d’Orléans , et que c’é-taient les montagnards qui l’avaient défendu ; qu’ilsétaient brouillés avec Dumouriez et sans relationavec lui, et qu’au contraire ceux qui avaient étéenvoyés auprès de lui dans la Belgique , ceux quil’avaient suivi dans toutes ses expéditions, ceuxqui s’étaient toujours montrés ses amis, et quiavaient même pallié sa conduite, étaient des mon-tagnards. Lasource, poussant la hardiesse plusloin, eut l’imprudence de désigner Lacroix etDanton , et de les accuser d’avoir arrêté le zèle dela convention, en déguisant la conduite de Du-mouriez . Ce reproche de Lasource réveillait lessoupçons élevés déjà sur la conduite de Lacroix etde Danton dans la Belgiqne. On disait en effetqu’ils avaient échangé l'indulgence avec Du mou-

riez; qu’il avait supporté leurs rapines, et qu’ilsavaient excusé sa défection. Danton , qui ne de-mandait aux girondins que le silence, fut remplide fureur, s’élança à la tribune, leur jura uneguerre à mort. — « Plus de paix ni de trêve, s’é-s cria-t-il, entre vous et nous ! » Agitant son vi-sage effrayant, menaçant du poing le côté droit del’assemblée, i Je me suis retranché, dit-il, dans laa citadelle de la raison ; j’en sortirai avec le canoni de la vérité, et je pulvériserai les scélérats quia ont voulu m’accuser. a

Le résultat de ces accusations réciproques fut:1" la nomination d’une commission chargée'd’exa-miner la conduite des commissaires envoyés dansla Belgique ; 2° l’adoption d’un décret qui devaitavoir des conséquences funestes, et qui portait que,sans avoir égard à l’inviolabilité des représentants,ils seraient mis en accusation dès qu’ils seraientfortementprésumés decomplieilé avec les ennemisde l’État; 5° enfin, la mise en arrestation et latranslation dans les prisons de Marseille de Phi-lippe d’Orléans et de toute sa famille*. Ainsi, ladestinée de ce prince, jouet de tous les partis,tour à tour suspect aux jacobins et au girondins,et accusé de conspirer avec tout le monde parcequ’il ne conspirait avec personne, était la preuvequ’aucune grandeur passée ne pouvait subsister aumilieu de la révolution actuelle, et que le plus pro-fond et le plus volontaire abaissement ne pourraitni calmer les défiances, ni conjurer l'échafaud.

Dumouriez ne crut pas devoir perdre un mo-ment. Voyant Dampierre et plusieurs généraux dedivision l’abandonner, d’autres n’attendre que lemoment favorable, et une foule d’émissaires tra-vailler ses troupes, il pensa qu’il fallait les mettreen mouvement, pour entraîner ses officiers et sessoldats, et les soustraire à toute autre influenceque la sienne. D’ailleurs, le temps pressait, il fal-lait agir. En conséquence, il fit fixer un rendez-vous avec le prince de Cobourg , pour le 4 avril aumalin, afin de régler définitivement avec lui et lecolonel Mack les opérations qu’il méditait. Le ren-dez-vous devait avoir lieu près de Condé. Sonprojet était d’entrer ensuite dans la place, de pur-ger la garnison, et se portant avec toute son arméesur Orchies, de menacer Lille , et de tâcher de h'réduire en déployant toutes ses forces.

Le 4 au matin, il partit pour se rendre au lieudu rendez-vous, et de là à Condé. Il n’avait coni'

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Ducrot <1 u 6 avril.