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CONVENTION NATIONALE (1793).
N'andé qu’une escorte de cinquante chevaux, etcomme elle tardait d’arriver, il se mit en route,^'donnant qu’on l’envoyât à sa suite. Thouvenot,les fds d’Orléans , quelques officiers et un certainnombre de domestiques l’accompagnaient. A peinearrivé sur le chemin de Condé, il rencontre deuxbataillons de volontaires, qu’il est fort étonné d’ytrouver. N’ayant pas ordonné leur déplacement, ilv eut mettre pied à terre auprès d’une maison, pourccrire l’ordre de les faire retourner, lorsqu’il en-tend pousser des cris et tirer des coups de fusil.Ces bataillons en effet se divisent, et les uns lepoursuivent en criant arrêtez! les autres veulentlui couper la fuite vers un fossé. Il s’élance alorsa vec ceux qui l’accompagnaient, et devance les vo-lontaires courant à sa poursuite. Arrivé sur le borddu fossé, et son cheval se refusant à le franchir,tl se jette dedans, arrive à l’autre bord, au milieud’une grêle de coups de fusil, et, acceptant lecheval d’un domestique, s’enfuit à toute bride versDury. Après avoir couru toute la journée, il y ar-rive le soir, et est rejoint par le colonel Mack,averti de ce qui s’était passé. Il emploie toute laNuit à écrire, et à convenir avec le colonel Mack etle prince de Cobourg de toutes les conditions deleur alliance, et il les étonne par le projet de re-tourner au milieu de son armée après ce qui venaitd arriver.
Dès le malin en effet, il remonta à cheval, et,Accompagné par des cavaliers impériaux, il rentraPar Maulde au milieu de son armée. Quelquestooupes de ligne l’entourèrent et lui donnèrent en-core des démonstrations d’attachement; cependantbeaucoup de visages étaient mornes. La nouvellede sa fuite à Bury, au milieu des armées ennemies,e t la vue des dragons impériaux, avaient produit"Ne impression funeste pour lui, honorable pourNos soldats, et heureuse pour la fortune de lab rance. On lui apprit en effet que l’artillerie, sur^ nouvelle qu’il avait passé aux Autrichiens, ve-nait de quitter le camp, et que la retraite de cettePortion de l’armée si influente avait découragé ler csie. Des divisions entières se rendaient à Valen-C'cnnes, et se ralliaient à Dampierre. H se vitalors obligé de quitter définitivement son armée,Cl de repasser aux Impériaux. Il y fut suivi par linNombreux état-major, dans lequel se trouvaientJcs deux jeunes d’Orléans et Thouvenot, et par les‘Nssards de Berchiny, dont le régiment tout entier'°ulut l’accompagner.
il était devenu l’ami, le traitèrent avec beaucoupd’égards, et on voulut renouveler avec lui les pro-jets de la veille, en le faisant le chef d’une nou-velle émigration qui serait autre que celle deCoblentz . Mais, après deux jours, il dit au princeautrichien que c’était avec les soldats de la France ,et en acceptant des Impériaux seulement commeauxiliaires, qu’il avait cru exécuter ses projetscontre Paris; mais que sa qualité de Français nelui permettait pas de marcher à la tête des étran-gers. II demanda des passe-ports pour se retirer enSuisse . On les lui accorda sur-le-champ. Le grandcas qu’on faisait de ses talents, et le peu de casqu’on faisait de ses principes politiques, lui valu-rent des égards que n’avait pas obtenus LafayeUe,qui, dans ce moment, expiait dans les cachotsd’Olmutz sa constance héroïque. Ainsi finit la car-rière de cet homme supérieur, qui avait montrétous les talents, ceux du diplomate, de l’adminis-trateur, du capitaine ; tous les courages, celui del’homme civil qui résiste aux orages de la tribune,celui du soldat qui brave le boulet ennemi, celuidu général qui affronte et les situations désespé-rées, et les hasards des entreprises les plus auda-cieuses; mais qui, sans principes, sans l’ascendantmoral qu’ils procurent, sans autre influence quecelle du génie, bientôt usée dans cette rapide suc-cession de choses et d’hommes, essaya fortementde lutter avec la révolution, et prouva par un écla-tant exemple qu’un individu ne prévaut contre unepassion nationale que lorsqu’elle est épuisée. Enpassant à l’ennemi, Dumouriez n’eut pour excuseni l’entêtement aristocratique de Bouillé, ni la dé-licatesse de principes de Lafayelle, car il avait to-léré tous les désordres, jusqu’au moment où ilsavaient contrarié ses projets. Par sa défection, ilput s’attribuer d’avoir accéléré la chute des giron-dins et la grande crise révolutionnaire. Cependantil ne faut pas oublier que cet homme , sans atta-chement pour aucune cause, avait pour la libertéune préférence de raison; il ne faut pas oublierqu’il chérissait la France ; que, lorsque personnene croyait à la possibilité de résister à lelranger, ill’essaya, eterut en nous plus que nous-mêmes; qu’àSainte-Menehould , il nous apprit à envisager l’en-nemi de sang-froid; qu’à Jemmapes, il nous en-flamma , et nous replaça au rang des premièrespuissances: il ne faut pas oublier enfin que, s’ilnous abandonna, il nous avait sauvés. D’ailleurs, ila tristement vieilli loin de sa patrie, et on ne peutse défendre d’un profond regret, à la vue d’un