Band 
Tome I.
Seite
304
JPEG-Download
 

RÉVOLUTION FRANÇAISE .

30-4

homme dont cinquante années se passèrent dansles intrigues de cour, trente dans l’exil, et donttrois seulement furent employées sur un théâtredigne de son génie.

Dampierre reçut le commandement en chef del’armée du Nord, et retrancha ses troupes au campde Farnars, de manière à secourir celles de nosplaces qui seraient menacées. La force de cetteposition et le plan de campagne même des coalisés,d’après lequel ils'ne devaient pas pénétrer plusavant jusqu’à ce que Mayence fût repris, retar-daient nécessairement de ce côté les événementsde la guerre. Custine, qui, pour excuser ses fautes,n’avait pas cessé d’accuser ses collègues et lesministres, fut écouté avec faveur en parlant contreBeurnonville, que Ton regardait comme complice

de Dumouriez , quoique livré par lui aux Autri-chiens ; et il obtint tout le commandement du Rhin ,depuis les Vosges et la Moselle jusqu’à Huningue .Comme la défection de Dumouriez avait commencépar des négociations, on décréta la peine de mortcontre le général qui écouterait des propositionsde l’ennemi, sans que préalablement la souverai-neté du peuple et la république eussent été re-connues. On nomma ensuite Boucholte ministredelà guerre, et Monge, quoique très-agréable auxjacobins par sa complaisance, fut remplacé commene pouvant suffire à tous les détails de son immenseministère. Il fut décidé encore que trois commis-saires de la convention résideraient constammentauprès des armées, et que chaque mois il y en au-rait un de renouvelé.

t

CHAPITRE XXII.

Etablissement du comité de salut public . — L’irritation des partis augmente à Paris . Réunion démagogique de l’Évéclté ;projets de pétitions incendiaires. ■— Renouvellement de la lutte entre les deux côtes de l’assemblée. — Discours et accu-sation de Robespierre contre les complices de Dumouriez et les girondins. — Réponse de Vergniaud. — Marat est décrétéd’accusation et envoyé devant le tribunal révolutionnaire. — Pétition des sections de Paris demandant l’expulsion de22 membres de la convention.—Résistance delà commune à l’autorité de l’assemblée. Accroissement de ses pouvoirs. —Marat est acquitté et porté en triomphe. — Etat des opinions et marche de la révolution dans les provinces. Dispositionsdes principales villes, Lyon, Marseille, Bordeaux, Rouen. •— Position particulière de la Bretagne et de la Vendée .Description de ces pays,-causes qui amenèrent et entretinrent la guerre civile. Premiers succès des Vendéens ; leursprincipaux chefs.

La défection de Dumouriez , le fâcheux état denos armées, et les dangers imminents où se trou-vaient exposés et la révolution et le territoire, né-cessitèrent toutes les mesures violentes dont nousvenons de parler, et obligèrent la convention às’occuper enfin du projet si souvent renouvelé dedonner plus de force à l’action du gouvernement,en la concentrant dans l’assemblée. Après diversplans, on s’arrêta à celui d’un comité dit de salutpublic, et composé de neuf membres. Ce comitédevait délibérer en secret. Il était chargé de sur- \veiller et d’accélérer l’action du pouvoir exécutif, jil pouvait même suspendre scs arrêtés quand il les jcroirait contraires à l’intérêt général, sauf à en !instruire la convention. Il était autorisé à prendre,dans les ciconslances urgentes des mesures dedéfense intérieure et extérieure, et les arrêtés si-gnés de la majorité de ses membres devaient être

: exécutés sur-le-champ par le pouvoir exécutif. Hn’étaitinstitué que pour un mois, et ne pouvait dé-livrer de mandat d’amener que contre les agentsd’exécution. *

Les membres désignés pour en faire partieétaient: Barrère, Delmas, Bréard, Cambon, JeanDebry, Danton, Guyton de Morveau, Treilhard ,Lacroix d’Eure-et-Loir **. Ce comité quoiqu’il n®réunît pas encore tous les pouvoirs, avait cepen-dant une influence immense : il correspondait avecles commissaires de la convention, leur donnai 1leurs instructions, pouvait substitueraux mesuresdes ministres toutes celles qu’il lui plaisait d’ima-giner. Par Cambon il avait les finances, et avec

“ Le comité de salut public fut décrété dans la séancedu 6 avril.

” Il fut adjoint à ces membres trois suppléants, Robert-Lindet, Isnard et Cambacérès .