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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1795).

Danton il devait acquérir l’audace et l’influence dece puissant chef de parti. Ainsi, par l’effet crois-sant du danger, on marchait vers la dictature.

Revenus de la terreur causée par la désertionde Dumouriez , les partis songeaient maintenant às’en imputer la complicité, et le plus fort devaitnécessairement accabler le plus faible. Les sec-tions, les sociétés populaires, par lesquelles toutcommençait ordinairement, prenaient l’initiativeet dénonçaient les girondins par des pétitions etdes adresses.

Il s’était formé, d’après une doctrine de Marat ,une nouvelle réunion plus violente encore quetoutes les autres. Marat avait dit que jusqu’à cejour on n’avait fait que bavarder sur la souverai-neté du peuple; que d’après cette doctrine bienentendue chaque section était souveraine dans sonétendue, et pouvait à chaque instant révoquer lespouvoirs qu’elle avait donnés. Les plus forcenésagitateurs, s’emparant de ce principe, s’étaient eneffet prétendus députés par les sections, pour vé-rifier l'usage qu’on faisait de leurs pouvoirs, etaviser au salut de la chose publique. Ils s’étaientréunis à l’évêché , et se disaient autorisés à cor-respondre avec toutes les municipalités de la ré-publique. Aussi se nommaient-ils Comité centralde salut public. C’est de là que partaient les pro-positions les plus incendiaires. On y avait résolud’aller en corps, à la convention, lui demander sielle avait des moyens de sauver la patrie. Cetteréunion, qui avait fixé les regards de l’assemblée,attira aussi ceux de la commune et des jacobins.Robespierre , qui sans doute désiraitle résultat del’insurrection, mais qui redoutait l’emploi de ceuioyen, et qui avait eu peur à la veille de chaquemouvement, s’éleva contre les résolutions violentesdiscutées dans ces réunions inférieures, et per-sisla dans sa politique favorite qui consistait àdiffamer les députés prétendus infidèles, et à lesPerdre dans l’opinion, avant d’employer contre eux■’ucune autre mesure. Aimant 1 accusation, il re-butait l’usage de la force, et préférait aux insur-gions les luttes des tribunes, qui étaient sans'langer, et dont il avait tout l’honneur. Marat , quiavait parfois la vanité de la modération, commel °utesles autres, dénonça la réunion de l’évêchéquoiqu’il eût fourni les principes d’après lesquels° n l’avait formée. On envoya des commissairespou r s’assurer si les membres qui la composaientPaient des hommes d’un zèle outré, ou bien desagitateurs payés. Après s’être convaincue que ce

n’étaient que des patriotes trop ardents, la sociétédes jacobins, ne voulant pas les exclure de sonsein, comme on l’avait proposé, fit dresser uneliste de leurs noms pour pouvoir les surveiller, etelle proposa une désapprobation publique de leurconduite, parce que, suivant elle, il ne devait pasy avoir d’autre centre de salut public qu’elle-même.Ainsis’étaitpréparée, etavailétécriliquécd’avancel’insurrection du 10 août. Tous ceux qui n’ont pasl’audace d’agir, tous ceux qui sont fâchés de se voirdevancés, désapprouvent les premières tentatives,tout en désirant leur résultat. Danton seul gardaitsur ces mouvements un profond silence, et ne dés-avouait ni ne désapprouvait les agitateurs subal-ternes. Il n’aimait point à triompher à la tribunepar de longues accusations, et il préférait lesmoyens d’action qui, dans ses mains, étaient im-menses, car il avait à sa disposition tout ce queParis renfermait de plus immoral et de plus turbu-lent. On ne sait cependant s’il agissait secrètement,mais il gardait un silence menaçant.

Plusieurs sections condamnèrent la réunion del’évêché ; et celle du Mail fit, à ce sujet, une pé-tition énergique à la convention. Celle de Bonne-Nouvelle vint, au contraire, lire une adresse danslaquelle elle dénonçait, comme amis et complicesde Dumouriez, Brissot, Vergniaud, Guadet , Gen-sonné, etc., et demandait qu’on les frappât duglaive des lois. Après de vives agitations, en senscontraires, les pétitionnaires reçurent les honneursde la séance; mais il fut déclaré qu’à l’avenir l’as-semblée n’entendrait plus d’accusation contre sesmembres, et que toute dénonciation de ce genreserait déposée au comité de salut public.

La section de la Hallc-aux-BIés, qui était l’unedes plus violentes, fit une nouvelle pétition, sousla présidence de Marat, et l’envoya aux Jacobins ,aux sections et à la commune, pour qu’elle reçûtleur approbation, et que, sanctionnée ainsi partoutes les autorités de la capitale, elle fût solen-nellement présentée par le maire Pache à la con-vention. Dans cette pétition, colportée de lieux enlieux, et universellement connue, on disait qu’unepartie de la convention était corrompue, qu’elleconspirait avec les accapareurs, qu’elle était com-plice de Dumouriez , et qu’il fallait la remplacerpar les suppléants. Le 10 avril, tandis que celtepétition circulait de section en section, Pétion, in-digné, demande la parole pour une motion d’ordre.Il s’élève, avec une véhémence qui ne lui est pasordinaire, contre les calomnies dont une partie de