Band 
Tome I.
Seite
310
JPEG-Download
 

310 DÉVOLUTION

qu’il serait peut-être dangereux de déconsidérerles magistrats aux yeux du peuple, en leur refu-sant un honneur banal qu’on ne refusait pas mêmeaux plus simples pétitionnaires. Au milieu deces débats tumultueux, la séance se prolonge jus-qu’à onze heures du soir; le côté droit, la Plaine,se retirent, et cent quarante-trois membres res-tent seuls à la Montagne pour admettre aux hon-neurs de la séance la municipalité parisienne.Dans le même jour, déclarée calomniatrice, re-poussée par la majorité, etadmise seulement auxhonneurs de la séance par la Montagne et les tri-bunes, elle devait être profondément irritée, etdevenir le point de ralliement de tous ceux quivoulaient briser l’autorité de la convention.

Marat avait été enfin déféré au tribunal révo-lutionnaire, et cc fut l’énergie du côté droit, qui,en entraînant la Plaine, décida son accusation.Tout mouvement d’énergie honore un parti quilutte contre un mouvement supérieur, mais hâtesa chute. Les girondins, en poursuivant courageu-sement Marat , n’avaient fait que lui préparer untriomphe. L’acte portait en substance, que Ma-rat ayant dans ses feuilles provoqué le meurtre,le carnage, l’avilissement et la dissolution de laconvention nationale, et l’établissement d’un pou-voir destructeur de la liberté, il était décrété d’ac-cusation et déféré au tribunal révolutionnaire. Lesjacobins, les Cordeliers, tous les agitateurs de Pa-ris , s’étaient mis en mouvement pour ce philoso-phe austère, formé, disaient-ils, par le malheurcl la méditation; joignant à une âme de feu unegrande sagacité, une profonde connaissance ducœur humain, et sachant pénétrer les traîtres surleur char de triomphe, dans le moment où le stu-pide vulgaire les encensait encore ! — Les traîtres,s’écriaient-ils, les traîtres passeront, et la réputa-tion de Marat commence !

Quoique le tribunal révolutionnaire ne fût pascomposé alors comme il le fut plus tard, néan-moins Marat n’y pouvait être condamné. La dis-cussion dura à peine quelques instants. L’accuséfut absous à l’unanimité, aux applaudissementsd’une foule nombreuse accourue pour assister àson jugement. C’était le 24 avril. Il est aussitôtentouré par un cortège nombreux composé de fem-mes, de sans-culottes à piques, et de détachementsdes sections armées. On se saisit de lui, et on serend à la convention pour le replacer sur son siègede député. Deux officiers municipaux ouvrent lamarche. Marat , élevé sur les bras de quelques sa-

FRANÇAlSE.

peurs, le front ceint d’une couronnede chêne, estporté en triomphe au milieu de la salle. Un sapeurse détache du cortège, se présente à la barre etdit; « Citoyen président, nous vous amenons le» brave Marat. Marat a toujours été i’ami du peu-» pie, et le peuple sera toujours l’ami de Marat !ï S’il faut que la tête de Marat tombe, la tête dui sapeur tombera avant la sienne, s En disant cesmots, l’horrible pétitionnaire agitait sa hache,et les tribunes applaudissaient avec un affreux tu-multe. II demande, pour le cortège, la permissionde défiler dans la salle.— « Je vais consulter l’as-semblée, » répond le président Lasource, consternede celte scène hideuse. Mais on ne veut pas at-tendre qu’il ait consulté l’assemblée, et de toutesparts la foule se précipite dans la salle. Des fem-mes, des hommes, se répandent dans l’enceinte»occupent les places vacantes par le départ des dé-putés révoltés de ce spectacle. Marat arrive enfin»transmis de mains en mains et couvert d’applau-dissements. Des bras des pétitionnaires il passedans ceux de ses collègues de la Montagne, et onl’embrasse avec les plus grandes démonstrationsde joie. Il s’arrache enfin du milieu de ses collé'gués, court à la tribune, et déclare aux législa-teurs qu’il vient leur offrir un cœur pur, un nomjustifié, et qu’il est prêt à mourir pour défendrela liberté et les droits du peuple.

De nouveaux honneurs l’attendaient aux Jaco-bins. Les femmes avaient préparé une grandequantité de couronnes. Le président lui en off reune. Un enfant de quatre ans, monté sur le bu'reau, lui en place une autre sur la tête. Marat écarte les couronnes avec un dédain insolent. « Ci'» toyens, s’écrie-t-il, indigné de voir une faction» scélérate trahir la république, j’ai voulu la dé'» masquer, et lui mettre la corde au cou. EH C» m’a résisté en me frappant d’un décret d’accusa'» tion. Je suis sorti victorieux. La faction est b 11 's miliée, mais n’est pas écrasée. Ne vous occupa» point de décerner des triomphes, défendez-voO s» d’enthousiasme. Je dépose sur le bureau l eS» deux couronnes que l’on vient de m’offrir» ct» j’invite mes concitoyens à attendre la fin de n 1 ®

» carrière pour se décider. »

De nombreux applaudissements accueillent cett®

impudente modestie. Robespierre était présent •ce triomphe, dont il dédaignait sans doute leractèretrop populaire et trop bas. Cependant,allait subir comme tout autre la vanité dutnoniphaleur. Les réjouissances achevées, on se hâte