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commune, déplurent à tous les partis, se firentdénoncer par les jacobins et rappeler par la con-vention. Leur tâche s’était bornée à recomposerle club central, à l’affilier aux jacobins, et, enconservant son énergie, à le délivrer de quelquesmembres trop impurs. Au mois de mai, l’irritationétait arrivée au plus haut degré. D’un côté, lacommune, composée entièrement de jacobins, etle club central présidé par Chalier, demandaientpour Lyon un tribunal révolutionnaire, et pro-menaient sur les places publiques une guillotineenvoyée de Paris , et qu’on exposait aux regardspublics pour effrayer les traîtres et les aristo-crates, etc.; de l’autre côté, les sections en armesétaient prêtes à réprimer la municipalité, et à em-pêclierTétablissemenldu sanglant tribunal que lesgirondins n’avaient pu épargner à la capitale. Danscet état de choses, les agents secrets du royalisme,répandus à Lyon , attendaient le moment favorablepour profiter de l’indignation des Lyonnais , prêteà éclater.
Dans tout le reste du Midi jusqu’à Marseille ,l’esprit républicain modéré régnait d’une manièreplus égale, et les girondins possédaient l’attache-ment général de la contrée. Marseille jalousait lasuprématie de Paris , était irritée des outragesfaits à son député chéri, Barbaroux, et prête à sesoulever contre la convention, si on attaquait lareprésentation nationale. Quoique riche, elle n’é-tait pas située d’une manière favorable pour lescontre-révolutionnaires du dehors, car elle netouchait qu’à l’Italie , où rien ne se tramait, et sonport n’intéressait pas les Anglais comme celui deToulon . Les menées secrètes n’y avaient donc pasmitant effarouché les esprits qu’à Lyon et Paris ,e t la municipalité, faible et menacée, était prèsd’être destituée par les sections toutes-puissantes,^e député Moïse-Bayle , assez mal reçu, avaittrouvé là beaucoup d’ardeur pour le recrutement,mais un dévouement absolu pour la Gironde .
A partir du Rhône , et de l’Est à l’Ouest jus-qu’aux bords de l’Océan, cinquante ou soixantedépartements manifestaient les mêmes disposi-tions. A Bordeaux enfin, l’unanimité était com-plète. Là, les sections, la municipalité, le clubPrincipal, tout le monde était d’accord pourcom-itattre la violence montagnarde, et pour soutenirnette glorieuse députation de la Gironde , à la-quelle on était si fier d’avoir donné le jour. LeParti contraire n’avait trouvé d’asile que dans uneSc ule section, et partout ailleurs il se trouvait im-
puissant et condamné au silence. Bordeaux ne de-mandait ni taxe, ni denrées, ni tribunal révolu-tionnaire, et préparait à la fois despélitions contrela commune de Paris, et des bataillons pour leservice de la république.
Mais le long des côtes de l’Océan, en tirant dela Gironde à la Loire, et de la Loire aux bouchesde la Seine , se présentaient des opinionsbien dif-férentes et des dangers bien plus grands. Là, l’im-placable Montagne ne rencontrait pas seulementpour obstacle le républicanisme clément et géné-reux des girondins, mais le royalisme constitu-tionnel de 89, qui repoussait la république commeillégale, et le fanatisme des temps féodaux, quiétait armé contre la révolution de 93, contre larévolution de 89, et qui ne connaissait que l’au-torité temporelle des châteaux, et l’autorité spiri-tuelle des églises.
Dans la Normandie , et particulièrement àRouen , qui en était la principale ville, on avaitvoué un grand attachement à Louis XVI , et laconstitution de 1790 avait réuni tous les vœuxqu’on formait pour la liberté et pour le trône. De-puis l’abolition de la royauté et de la constitutionde 1790, c’est-à-dire depuis le dOaoût, il régnaiten Normandie un silence improbateur et mena-çant. La Bretagne offrait des dispositions encoreplus hostiles, et le peuple y était dominé par l’in-fluence des prêtres et des seigneurs. Plus près desrives de la Loire , cet attachement allait jusqu’àl’insurrection, et enfin sur la rive gauche de cefleuve, dans le Bocage, le Loroux, la Vendée ,l’insurrection était complète, et de grandes ar-mées de dix et vingt mille hommes tenaient lacampagne.
C’est ici le lieu de faire connaître ce pays sin-gulier, couvert d’une population si obstinée, sihéroïque, si malheureuse, et si fatale à la France qu’elle manqua perdre par une funeste diversion,et dont elle aggrava les maux en irritant au dernierpoint la dictature révolutionnaire.
Sur les deux rives de la Loire, ce peuple avaitconservé un grand attachement pour son anciennemanière d’être, et particulièrement pour ses prê-tres et pour son culte. Lorsque, par l’effet de laconstitution civile, les membres du clergé se trou-vèrent partagés, un véritable schisme s’établit. Lescurés qui refusaient de se soumettre à la nouvellecirconscription des églises, et de prêter serment,furent préférés par le peuple; et lorsque, dépos-sédés de leur cures, ils furent obligés de se re-