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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
tirer, les paysans les suivirent dans les bois, et seregardèrent comme persécutés eux et leur culte.Ils se réunirent par petites bandes, poursuivirentles curés constitutionnels comme intrus, et com-mirent les plus graves excès à leur égard. Dans laBretagne, aux environs de Rennes , il y eut desrévoltes plus générales et plus imposantes, quiavaient pour cause la cherté des subsistances, etla menace de détruire le culte, contenue dans cesparoles de Cambon : Ceux qui voudront la messela payeront. Cependant le gouvernement était par-venu à réprimer ces mouvements partiels de larive droite de la Loire , et il n’avait à redouter queleur communication avec la rive gauche, où s’étaitformée la grande insurrection.
C’est particulièrement sur cette rive gauche,dans l’Anjou , le bas et le haut Poitou, qu’avaitéclaté la fameuse guerre de la Vendée . C’était lapartie de la France où le temps avait le moins faitsentir son influence, et le moins altéré les ancien-nes mœurs. Le régime féodal s’y était empreintd’un caractère tout patriarcal, et la révolution,loin de produire une réforme utile dans ce pays,y avait blessé les plus douces habitudes, et y futreçue comme une persécution. Le Bocage et leMarais composent un pays singulier, qu’il faut dé-crire pour faire comprendre les mœurs et l’espècede société qui s’y étaient formées. En partant deNantes etSaumur,et en s’étendant depuis la Loire jusqu’aux Sables d’Olonne, Luçon , Fontenay etNiort , on trouve un sol inégal, ondulant, coupéde ravins, et traversé d’une multitude de haies,qui servent de clôture à chaque champ, et qui ontl'ait appeler cette contrée le Bocage . En se rappro-chant de la mer, le terrain s’abaisse, se termineen marais salants, et se trouve coupé partout d’unemultitude de petits canaux, qui en rendent l’accèspresque impossible. C’est ce qu’on a appelé leMarais. Les seuls produits abondants dans cepays sont les pâturages, et par conséquent lesbestiaux. Les paysans y cultivaient seulement laquantité de blé nécessaire ù leur consommation,et se servaient du produit de leurs troupeauxcomme moyen d’échange. On sait que rien n’estplus simple que les populations vivant de ce genred’industrie. Peu de grandes villes s’étaient for-mées dans ces contrées; on n’y trouvait que degros bourgs de deux à trois mille âmes. Entre lesdeux grandes roules qui conduisent l’une de Tours à Poitiers, et l’autre de Nantes à la Rochelle , s’é-tend un espace de trente lieues de largeur, où il
n’y avait alors que des chemins de traverse, abou-tissant à des villages et à des hameaux. Les terresétaient divisées en une multitude de petites mé-tairies de cinq à six cents francs de revenu, con-fiées chacune à une seule famille, qui partageaitavec le maître de la terre le produit des bestiaux.Par cette division du fermage, les seigneurs avaientà traiter avec chaque famille, et entretenaient avectoutes des rapports continuels et faciles. La viela plus simple régnait dans les châteaux : on s’ylivrait ù lâchasse à causede l’abondance du gibier ;les seigneurs et les paysans la faisaient en com-mun, et tous étaient célèbres par leur adresse etleur vigueur. Les prêtres, d’une grande pureté demœurs, y exerçaient un ministère tout paternel.La richesse n’avait ni corrompu leur caractère, niprovoqué la critique sur leur compte. On subissaitl’autorité du seigneur, on croyait les paroles ducuré, parce qu’il n’y avait ni oppression, ni scan-dale. Avant que l’humanité se jette dans la routede la civilisation, il y a pour elle une époque desimplicité, d’ignorance et de pureté, au milieu delaquelle ou voudrait l’arrêter, si son sort n’étaitpas de marcher à travers le mal vers tous les gen-res de perfectionnement.
Lorsque la révolution, si bienfaisante ailleurs,atteignit ce pays avec son niveau de fer, elle y causaun trouble profond. Il aurait fallu qu’elle s’y mo-difiât, mais c’était impossible. Ceux qui l’ont accu-sée de ne pas s’adapter aux localités, de ne pas va-rier avec elles, n’ont pas compris l’impossibilitédes exceptions et la nécessité d’une règle uniformeet absolue dans les grandes réformes sociales. Onne savait donc, au milieu de ces campagnes, pres-que rien de la révolution ; on savait seulement ceque le mécontentement des seigneurs et des curésen avait appris au peuple. Quoique les droits féo-daux fussent abolis, on ne cessa pas de les payer.Il fallut se réunir,nommer des maires; et on priales seigneurs de l’être. Mais lorsque la destitutiondes prêtres non assermentés priva les paysans descurés qui jouissaient de leur confiance, ils furentfort irrités, et, comme dans la Bretagne , ils cou-rurent dans les bois, et allèrent à de grandes dis-tances assister aux cérémonies du culte seul véri-table à leurs yeux. Dès ce moment une haineviolente s’alluma dans les âmes, et les prêtres n’ou-blièrent rien pour l’exciter davantage. Le 10 aoûtrejeta dans leurs terres quelques nobles poitevins,
le 21 janvier les révolta ; et ils communiquèrent
leur indignation autour d’eux. Cependant ils ne