CONVENTION NATIONALE (1795).
conspirèrent pas, comme on l’a cru; mais les dis-positions connues du pays inspirèrentà des hommesqui lui étaient étrangers des projets de conspira-tion. Il s’en était tramé un en Bretagne , mais aucundans le Bocage; il n’y avait là aucun plan arrêté;on s’y laissait pousser à bout. Enfin la levée destrois cent mille hommes excita au mois de marsune insurrection générale. Au fond, peu importaitaux paysans du bas Poitou ce qui se faisait enFrance ; mais la dispersion de leur clergé, et sur-tout l’obligation de se rendre aux armées, lesexaspéra. Dans l’ancien régime, le contingent dupays n’était fourni que par ceux que leur inquié-tude naturelle portait à quitter la terre natale :mais aujourd’hui la loi les frappait tous, quels quefussent leurs goûts personnels. Obligés de prendreles armes, ils préférèrent se battre contre la répu-blique que pour elle. Presque en même temps,c’est-à-dire au commencement de mars, le tiragefut l’occasion d’une révolte dans le haut Bocage etdans le Marais. Le 10 mars, le tirage devait avoirlieu à Saint-Florent, près d’Ancenis en Anjou : lesjeunes gens s’y refusèrent. La garde voulut les yobliger; le commandant militaire fit pointer unepièce sur les mutins. Ils s’élancèrent alors avecleurs bâtons, s’emparèrent de la pièce, désarmè-rent la garde, et furent cependant assez étonnésde leur témérité. Un voiturier, nommé Catheli-neau , homme très-considéré dans les campagnes,très-brave, très-persuasif, quitta sa ferme à cettenouvelle, accourut au milieu d’eux, les rallia, leurfendit le courage, et donna quelque consistance àl’insurrection en sachant la maintenir. Le jourtûême, il voulut attaquer un poste républicain,oomposéde quatre-vingts hommes. Les paysans lesuivirent avec leurs bâtons et leurs fusils. AprèsUne première décharge, dont chaque coup portaitParce qu’ils étaient grands tireurs, ils s’élancèrentsur le poste, le désarmèrent et se rendirent maîtresla position. Le lendemain, Cathelineau se portaSu r Chemillé, et l’enleva encore malgré deux centsr épuhlicains et trois pièces de canon. Un garde-ul'asse du château de Maulevrier, nommé Stofilet,un jeune paysan du village de Chanzeau, avaient*éuni de leur côté une troupe de paysans. Ils vin-J' ei >t se joindre à Cathelineau , qui osa concevoirle Projet d’attaquer Chollet, la ville la plus consi-( ^able du pays, chef-lieu de district, et gardéel >ar cinq cents républicains. Leur manière defuuibaitre fut la même. Profitant des haies, desln ûgalités du terrain, ils entourèrent le bataillon
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ennemi, et se mirent à tirailler à couvert et àcoup sûr. Après avoir ébranlé les républicains parce feu terrible, ils profitèrent du premier momentd’hésitation qui se manifesta parmi eux, s’élancè-rent en poussant de grands cris, renversèrent leursrangs, les désarmèrent, et les assommèrent avecleurs bâtons. Telle fut depuis toute leur tactiquemilitaire ; la nature la leur avait indiquée, et c’é-tait la mieux adaptée au pays. Les troupes qu’ilsattaquaient, rangées en ligne et à découvert, re-cevaient un feu auquel il leur était impossible derépondre, parce qu’ellesnepouvaient nifaireusagede leur artillerie, ni marcher à la baïonnette contredes ennemis dispersés. Dans cette situation , sielles n’étaient pas vieillies à la guerre, elles de-vaient être bientôt ébranlées par un feu si continu,et si juste que jamais les feux réguliers des trou-pes de ligne n’ont pu l’égaler. Lorsqu’elles voyaientsurtout fondre sur elles ces furieux, poussant degrands cris, il leur était difficile de ne pas s’inti-mider et de ne pas se laisser rompre. Alors ellesétaient perdues, car la fuite, sifacil&aux gens dupays, était impraticable pour la troupe de ligne.Il aurait donc fallu les soldats les plus intrépidespour lutter contre tant de désavantages, et ceuxqui dans le premier moment furent opposés auxrebelles, étaient des gardes nationaux de nouvellelevée, qu’on prenait dans les bourgs, presque toustrès-républicains, et que leur zèle conduisait pourla première fois au combat.
La troupe victorieuse de Calhelinau entra doncdans Chollet, s’empara de toutes les armes qu’elley trouva, et fit des cartouches avec les gargousesdes canons. C’est toujours ainsi que les Vendéensse sont procurés des munitions. Leurs défaites nedonnaient rien à l’ennemi, parce qu’ils n’avaientrien qu’un fusil ou un bâton qu’ils emportaient àtravers les champs, et chaque victoire leur valaittoujours un matériel de guerre considérable. Lesinsurgés, victorieux, célébrèrent leur succès avecl’argent qu’ils trouvèrent, et ensuite brûlèrenttousles papiers des administrations dans lesquelles ilsvoyaient un instrument de tyrannie. Us rentrèrentensuite dans leurs villages et dans leurs fermesqu’ils ne voulaient jamais quitter pour longtemps.
Une autre révolte bien plus générale avait éclatédans le Marais et le département de la Vendée . AMachecoul et à Challans , le recrutement fut l’oc-casion d’un soulèvement universel. Un nomméGaston, perruquier, tua un officier, prit son uni-forme, se mit à la tête des mécontents, et s’empara