51G RÉVOLUTION
de Cliallans, puis de Machecoul, où sa troupebrûla tous les papiers des administrations, et com-mit des massacres dont le Bocage n’avait pas donnél’exemple. Trois cents républicains furent fusilléspar bandes de vingt et trente. Les insurgés les fai-saient confesser d’abord, et les conduisaient en-suite au bord d’une fosse, à côté de laquelle ils lesfusillaient, pour n’avoir pas la peine de les ense-velir. Nantes envoya sur-le-champ quelques centshommes à Saint-Philibert; mais, apprenant qu’ily avait du mouvement à Savenay , elle rappela sestroupes et les insurgés de Machecoul restèrentmaîtres du pays conquis.
Dans le département de la Vendée, c’est-à-direvers le midi du théâtre de cette guerre, l’insur-rection prit encore plus de consistance.
Les gardes nationales de Fontenay, sorties pourmarcher surChanlonnay, furent repoussées et bat-tues. Chanlonnay fut pillé. Le général Vertcuil,qui commandait la onzième division militaire, ap-prenant cette défaite, envoya le général Marcéavec douze cents hommes, partie de troupes deligne, partie de gardes nationales. Les rebelles,rencontrés à Saint-Vincent, furent repoussés. Legénéral Marcé eut le temps d’ajouter encore à sapetite armée douze cents hommes et neuf piècesde canon. En marchant sur Saint-Fulgent, il ren-contra de nouveau les Vendéens dans un fond, ets’arrêta pourrétablir un pont qu’ils avaient détruit.Vers les quatre heures d’après midi, le 18 mars,les Vendéens, prenant l’initiative, vinrent l’atta-quer. Profitant des avantages du sol, ils commen-cèrent à tirailler avec leur supériorité ordinaire,cernèrent peu à peu l’armée républicaine, étonnéede ce feu si meurtrier, et réduite à l’impuissanced’atteindre un ennemi caché, dispersé dans tousles replis du terrain. Enfin ils l’assaillirent, ré-pandirent le désordre dans ses rangs, et s’empa-rèrent de l’artillerie, des munitions et des armesque les soldats jetaient en se retirant, pour êtreplus légers dans leur fuite.
Ces succès, plus prononcés dans le départementde la Vendée proprement dit, valurent aux insur-gés le nom de Vendéens, qu’ils conservèrent de-puis, quoique la guerre fût bien plus active horsde la Vendée . Les brigandages commis dans leMarais leur firent donner le nom d e brigands, quoi-que le plus grand nombre ne méritât pas ce titre.L’insurrection s’étendait dans le Marais, depuis lesenvirons de Nantes jusqu’aux Sables, et dans l’An-jou et le Poitou , jusqu’aux environs de Vihiers et
FRANÇAISE.
de Parthenay . La cause des succès des Vendéensétait dans le pays, dans sa configuration, dans leuradresse et leur courage à profiter de ces avantagesnaturels, enfin dans l’inexpérience et l’imprudenteardeur des troupes républicaines, qui, levées à lahâte, venaient les attaquer précipitamment, et leurprocurer ainsi des victoires, et tout ce qui en estla suite, c’est-à-dire des munitions, de la confianceet du courage.
La pâque avait ramené tous les insurgés dansleurs demeures, d’où ils ne consentaient jamais às’éloigner longtemps. La guerre était pour euxune espèce de chasse de quelques jours; ils y por-taient du pain pour le temps nécessaire, et reve-naient ensuite enflammer leurs voisins par leursrécits. Il y eut des rendez-vous donnés pour lemois d’avril. L’insurrection fut alors générale, ets’étendit sur toute la surface du pays. On pourraitcomprendre ce théâtre de la guerre dans une lignequi, en partant de Nantes, passerait par Pornic ,l’île de Noirmoutiers, les Sables, Luçon , Fonte-nay, Niort, Parthenay , et reviendrait par Airvault,Thouars, Doué et Saint-Florent jusqu’à la Loire.L’insurrection, commencée par des hommes quin’étaient supérieurs aux paysans qu’ils comman-daient que par leurs qualités naturelles, fut conti-nuée bientôt par des hommes d’un rang supérieur.Les paysans allèrent dans les châteaux, et forcè-rent les nobles à se mettre à leur tête. Tout leMarais voulut être commandé par Gharelte. Hétait d’une famille d’armateurs de Nantes ; il avaitservi dans la marine, où il était devenu lieutenantde vaisseau, et à la paix il s’était retiré dans unchâteau appartenant à un oncle, où il passait sa vieà chasser. D’une complexion faihle et délicate, üsemblait peu propre aux fatigues de la guerre:mais, vivant dans les bois, où il passait des moisentiers, couchant à terre avec les chasseurs, il s'é-tait renforcé, avait acquis une parfaite habituJedu pays, et s’était fait connaître de tous les pay-sans par son adresse et son courage. U hésita d’a-bord à accepter le commandement, en faisant sentuaux insurgés les dangers de l’entreprise. UepeU'dant il se rendit à leurs instances, et en leur las-sant commettre tous les excès, il les compromit etles engagea irrévocablement à son service. Habil ,: >rusé, d’un caractère dur et d’une opiniâtreté in-domptable, il devint le plus terrible des che svendéens. Tout le Marais lui obéissait, et ave®quinze et quelquefois vingt mille hommes, il t®®naçait les Sables et Nantes . Apeine tout son mon e