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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

CHAPITRE XXIIL

Levée d'une armée parisienne de 12,000 hommes; emprunt forcé; nouvelles mesures révolutionnaires contre les suspects.— Klfervescence croissante des jacobins à la suite des troubles des départements. — Custine est nommé général en chefde l’armée du Nord. — Accusations et menaces des jacobins ; violente lutte des deux côtés de la convention. — Forma-tion d'une commission de douze membres, destinée à examiner les actes de la commune. — Assemblée insurrectionnelleà la mairie. Motions et complots contre la majorité de la convention et contre la vie des députés girondins ; mêmes projetstlans le club des cordeliers. — La convention prend des mesures pour sa sûreté. — Arrestation d’Hébert, substitut duprocureur de la commune. — Pétitions impérieuses de la commune. Tumulte et scènes de désordres dans toutes lessections. — Événements principaux des 28,29 et 30 mai 1793. Dernière lutte des montagnards et des girondins. —Journées du 31 mai et du 2 juin. Détails et circonstances de l’insurrection dite du 31 mai. — Vingt-neuf représentantsgirondins sont mis en arrestation. — Caractère et résultats politiques de cette journée. Coup d’œil sur la marche de larévolution. Jugement sur les girondins.

Les nouvelles des désastres de la Vendée con-courant avec celles venues du Nord qui annonçaientles revers de Dampierre, avec celles venues duMidi, qui portaient que les Espagnols devenaientmenaçants sur les Pyrénés, avec tous les rensei-gnements arrivant de plusieurs provinces, où semanifestaient les dispositions les moins favorables,ces nouvelles répandirent la plus grande fermen-tation. Plusieurs départements voisins de la Ven-dée , en apprenant les succès des insurgés, secrurent autorisés à envoyer des troupes pour lescombattre. Le département de l’Hérault leva sixmillions et six mille hommes, et envoya uneadresse au peuple de Paris , pour l’engager à enfaire autant. La convention, encourageant cet en-thousiasme, approuva la conduite du départementde l’Hérault , et autorisa par là toutes les commu-nes de France à faire des actes de souveraineté,en levant des hommes et de l’argent.

La commune de Paris ne resta point en arrière.Elle prétendait que c’était au peuple parisien àsauver la France , et elle se hâta de prouver sonzèle et de déployer son autorité en organisant unearmée. Elle arrêta que, d’après l’approbation so-lennelle donnée par la convention à la conduite dudépartement de l’Hérault , il serait levé dans l’en-ceinte de Paris une armée de douze mille hommes,pour marcher contre la Vendée . A l’exemple de laconvention, la commune choisit, dans le conseilgénéral, des commissaires pour accompagner cettearmée. Ces douze mille hommes devaient être prisdans les compagnies des sections armées, et surchaque compagnie de cent vingt-six il devait en

partir quatorze. Suivant la coutume révolution-naire, une espèce de pouvoir dictatorial était laisséau comité révolutionnaire de chaque section pourdésigner les hommes dont le départ était sujet àmoins d’inconvénients.— « En conséquence, disaitl’arrêté de la commune, tous les commis non ma-riés de tous les bureaux existant à Paris , exceptéles chefs et sous-cliefs, les clercs de notaires etd’avoués, les commis de banquiers et de négo-ciants, les garçons marchands, les garçons de bu-reaux, etc., pourront être requis d’après les pro-

portions ci-après : sur deux il en partira un; surtrois, deux; sur quatre, deux ; sur cinq, trois ; sursix, trois; sur sept, quatre; sur huit, quatre; etainsi de suite. Ceux des commis des bureaux quipartiront conserveront leurs places, et le tiers deleurs appointements. Nul ne pourra refuser departir. Les citoyens requis feront connaître aucomité de leur section ce qui manque à leur équi-pement, et il y sera pourvu sur-le-champ. Ils seréuniront immédiatement après pour nommerleurs ofiîciers, et se rendront tout de suite à leursordres, i

Mais ce n’était pas tout que de lever une armée,et de la former aussi violemment, il fallait pour-voir aux dépenses de son entretien; et pour cela,il fut convenu de s’adresser aux riches. Les riches,disait-on, ne voulaient rien faire pour la défensedu pays et de la révolution; ils vivaient dans uneI heureuse oisiveté, et laissaient au peuple le somI de verser son sang pour la patrie ; il fallait lesj obliger à contribuer au moins de leurs richessesau salut commun. Pour cela, on imagina un em-