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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

imposant, était évidemment destinée à ce Lut.

Du 8 au 10 mai, des nouvelles alarmantes sesuccèdent. Dampierrea été tué à l’armée du Nord.Dans l’intérieur, les provinces continuent de serévolter. La Normandie tout entière semble prêteà se joindre à la Rretagne. Les insurgés de la Ven-dée se sont avancés de Thouars vers Loudun etMontreuil , ont pris ces deux villes, et ont ainsipresque atteint les bords de la Loire. Les Anglais débarquant sur les côtes delà Bretagne vont, dit-on, se joindre à eux et attaquer la république aucœur. Des citoyens de Bordeaux , indignés des ac-cusations portées contre leurs députés, et mon-trant l’attitude la plus menaçante, ont désarmé unesection où s’étaient retirés les jacobins. A Mar-seille , les sections sont en pleine insurrection.Révoltées des excès commis sous le prétexte dudésarmement des suspects, elles se sont réunies,ont destitué la commune, transporté ses pouvoirsà un comité, dit comité central des sections, etinstitué un tribunal populaire, pour rechercherles auteurs des meurtres et des pillages. Aprèss’être ainsi conduites dans leur cité, elles ont en-voyé des députés aux sections de la ville d’Àix,cl s’efforcent de propager leur exemple dans toutle département. Ne respectant même pas les com-missaires de la convention, elles ont saisi leurs pa-piers et les ont sommés de se retirer. A Lyon , ledésordre est aussi grave. Les corps administra-tifs, unis aux jacobins, ayant ordonné, à l’imita-tion de Paris , une levée de six millions et de sixmille hommes, ayant en outre voulu exécuter ledésarmement des suspects, et instituer un tribu-nal révolutionnaire, les sections se sont révoltéeset sont prêtes à en venir aux mains avec la com-mune. Ainsi, tandis que l’ennemi avance vers leNord, l’insurrection, partant de la Bretagne et dela Vendée, et soutenue par les Anglais , peut fairele tour de la France par Bordeaux, Rouen, Nan-tes , Marseille et Lyon . Ces nouvelles arrivantl’une après l’autre, dans l’espace de deux ou troisjours, du 12au 15mai, font naître les plus sinis-tres présages dans l’esprit des montagnards et desjacobins. Les propositions déjà faites se renouvel-lent encore avec plus de fureur; on veut que tousles garçons des cafés et des traiteurs, que tous lesdomestiques partent sur-le-champ ; que les socié-tés populaires marchent tout entières; que descommissaires de l’assemblée se rendent aussitôtdans les sections pour les décider à fournir leurcontingent; que trente mille hommes parlent en

poste dans les voilures deluxe; que les richescontribuent sans délai et donnent le dixième deleur fortune; que les suspects soient enfermés etgardés en otage ; que la conduite des ministressoit examinée; que le comité de salut public soitchargé de rédiger une instruction pour les citoyensdont l’opinion est égarée; que toute affaire civilecesse, que l’activité des tribunaux civils soitsus-pendue, que les spectacles soient fermés, que letocsin sonne, et que le canon d’alarme soit tiré.

Danton , pour apporter quelque assurance aumilieu de ce trouble général, fait deux remarques:la première, c’est que la crainte de dégarnirParisdes bons citoyens qui sont nécessaires à sa sûreté,ne doit pas empêcher le recrutement, car il res-tera toujours à Paris cent cinquante mille hom-rues, prêts à se lever, et à exterminer les aristo-crates qui oseraient s’y montrer ; la seconde, c’estque l’agitation des guerres civiles, loin d’être unsujet d’espoir, doit être au contraire un sujet deterreur pour les ennemis extérieurs. <s Montes-» quieu, dit-il, l’a déjà remarqué en parlant des9 Romains; un peuple dont tous les bras sont ar-

» més etexercés, dont toutes les âmes sont aguer-» ries; dont tous les esprits sont exaltés, dont» toutes les passions sont changées en fureur de» combattre, un tel peuple n’a rien à craindre dui courage froid et mercenaire des soldats étran-ï gers. Le plus faible des deux partis que la guerres civile mettrait aux prises, serait toujours assez» fort pour détruire des automates à qui la disci-» pline ne tient pas lieu de vie et de feu. »

Il est ordonné aussitôt que quatre-vingt-seizecommissaires se rendront dans les sections pourobtenir leur contingent, et que le comité de salutpublic continuera ses fonctions pendant un m°' sde plus. Custine est nommé général de l’armée duNord, Houchard de celle du Rhin . On fait la dis-tribution des armées autour des frontières. Can 1 'bon présente un projet d’emprunt forcé d’un nid'liard, qui sera rempli par les riches et hypothèquesur les biens des émigrés.— « C’est un moyen >dit-il, d’obliger les riches à prendre part à la r ®'volution, en les réduisant à acquérir une p artiedes biens nationaux, s’ils veulent se payer de l eIircréance sur le gage lui-même, s

La commune, de son côté, arrête qu’une secondearmée de sans-culottes sera formée dans Paris po ulcontenir l’aristocratie, tandis que la premièremarchera contre les rebelles ; qu’il sera fait linemprisonnement général de tous les suspects,