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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

à des exagérations de club; il s’y était trouvé desfemmes mêlées aux hommes, et ce tumultueuxrassemblement n’avait offert que le même désor-dre d’esprit et de langage que présentaient tousles lieux publics.

Le 15, le 16 et le 17 mai se passent en agita-tions, et tout devient une occasion de querelles etde tumulte dans l’assemblée. Les Bordelais en-voient une adresse, dans laquelle ils annoncentqu’ils vont se lever pour soutenir leurs députés;ils déclarent qu’une partie d’entre eux marcherasur la Vendée , pour combattre les rebelles, tan-dis que l’autre marchera sur Paris , pour exter-miner les anarchistes qui oseraient attenter à lareprésentation nationale. Une lettre de Marseille annonce que les sections de cette ville persistentdans leur résistance. Une pétition deLyon réclamedu secours pour quinze cents détenus, enferméssous le nom de suspects, et menacés du tribunalrévolutionnaire par Chalier et les jacobins. Cespétitions excitent un tumulte épouvantable. Dansl’assemblée, dans les tribunes, on semble prêt àen venir auxmains. Cependant le côté droit, s’ani-mant par le danger, communique son courage àla Plaine, et on décrète, à une grande majorité,que la pétition des Bordelais est un modèle de pa-triotisme ; on casse tout tribunal révolutionnaireérigé par des autorités locales, et on autorise lescitoyens qu’on voudrait y traduire à repousser laforce par la force. Ces décisions exaltent à la foisl’indignation de la Montagne et le courage du côtédroit. Le 18, l’irritation est portée au comble. LaMontagne, privée d’un grand nombre de ses mem-bres, envoyés comme commissaires dans les dé-partements et les armées, crie à l’oppression.Guadet demande aussitôt la parole, pour une ap-plication historique aux circonstances présentes,et il semble prophétiser d’une manière effrayantela destinée des partis. « Lorsqu’en Angleterre,

» dit-il, une majorité généreuse voulut résisters aux fureurs d’une minorité factieuse, cette mi-» norité cria à l’oppression, et parvint avec ce cri» à mettre en oppression la majorité elle-même.

» Elle appela à elle les patriotes par excellence.s C’est ainsi quesequalifiaitunemullitude égarée,

» à laquelle on promettait le pillage et le partage» des terres. Cet appel continuel aux patriotes par» excellence, contre l’oppression delà majorité,

» amena l’attentat connu sous le nom de purga-s tion du parlement, attentat dont Pricle, qui de» boucher était devenu colonel, fut l’auteur et le

» chef. Cent cinquante membres furent chassés dud parlement, et la minorité, composée de cin-» quante ou soixante membres, resta maîtresse deJ l’État.

t Qu’en arriva-t-il ? Cespatriotes par excellence,» instruments de Cromwell , et auxquels il fit faire» folies sur folies, furent chassés à leur tour.» Leurs propres crimes servirent de prétexte a» l’usurpateur. » Ici Guadet,'montrant le boucherLegendre, Danton , Lacroix, et tousles autres dé-putés accusés de mauvaises mœurs et de dilapida-tions, ajoute : « Cromwell entra un jour au pat'

» lement, et s’adressant à ces mêmes membres,

d qui seuls, à les entendre, étaient capables de» sauver la patrie, il les en chassa en disant à Tun*» toi, tu es un voleur; à l’autre : toi, tu es un» ivrogne ; à celui-ci : toi, tu es gorgé des deniers» publics; à celui-là: toi, tu es un coureur de» filles et de mauvais lieux. Fuyez donc, dit-il a» tous, cédez la place à des hommes de bien. HSs la cédèrent, et Cromwell la prit. »

Cette allusion grande et terrible touche profon-dément l’assemblée, qui demeure silencieuse.Guadet continue, et, pour prévenir cette purga~tion pridienne, propose divers moyens de policeque l’assemblée adopte au milieu des murmures-Mais, tandis qu’il regagne sa place, une scènescandaleuse éclate dans les tribunes. Une femmeveut en enlever un homme pour le mettre hors dela salle; on la seconde de toutes parts, et le mal'heureux qui résiste est près d’être accablé par toutela population des tribunes. La garde fait de vain®efforts pour rétablir le calme. Marat s’écrie que cethomme qu’on veut chasser est un aristocrate.-'L’assemblée s’indigne contre Marat de ce qu’Haugmente le danger de ce malheureux, exposé aêtre assassiné. 11 répond qu’on ne sera tranquiU 0que lorsqu’on'sera délivré des aristocrates, d« scomplices de Dumouriez , des hommes d’Etat-"c’est ainsi qu’il nommait les membres du côté droit,à cause de leur réputation de talent.

Aussitôt le président Isnard se découvre, et de'mande à faire une déclaration importante. U eSécouté avec le plus grand silence, et, du ton dela plus profonde douleur, il dit: « On m’a rêve2 un projet de l’Angleterre que je dois faire con» naître. Le but de Pitt est d’armer une partie du» peuple contre l’autre, en le poussant à l’insu*

» rection. Cette insurrection doit commencer p*

» les femmes; on se portera contre plusieurs de» pûtes, on les égorgera, on dissoudra la conven