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CONVENTION NATIONALE (1793).
t-on ensuite, le projet de Barrère!—Nous nesommes pas libres, répondent plusieurs membresde l’assemblée. — Je demande, s’écrie Vergniaud,que la convention aille se réunir à la force arméequi l’entoure, pour y chercher protection contrela violence qu’elle subit. En achevant ces mots, ilsort suivi d’un grand nombre de ses collègues. LaMontagne et les tribunes applaudissent avec ironieau départ du côté droit; la Plaine reste indécise eteffrayée. « Je demande, dit aussi Chabot, qu’on» fasse l’appel nominal, pour signaler les absents» qui désertent leur poste. » Dans ce moment,Vergniaud et ceux qui l’avaient suivi rentrent avecun air de douleur et comme tout à fait accablés,car cette démarche, qui pouvait être grande, sielle eût été secondée, devenait petite et ridiculeen ne l’étant pas. Vergniaud essaye de parler, maisRobespierre ne veut pas lui céder la tribune qu’iloccupait. Il y reste, et réclame des mesurespromptes et énergiques pour satisfaire le peuple ;il demande qu’à la suppression de la commissiondes douze on joigne des mesures sévères contreses membres ; il s’étend ensuite longuement sur larédaction du projet de Barrère, et s’oppose à l’ar-ticle qui attribuait la disposition de la force arméeà la convention. — « Concluez donc, lui ditVer-» gniaud impatient. — Oui, reprend Robespierre ,» je vais conclure et contre vous! Contre vous,8 qui, après la révolution du 10 août, avez voulu» conduire à l’écliafaud ceux qui l’ont faite ! con-» tre vous, qui n’avez cessé de provoquer la des-» truclion de Paris ! contre vous, qui avez voulu8 sauver le tyran! contre vous, qui avez conspiré8 avec Dumouriez !.... Ma conclusion, c’est ledé-1 cret d’accusation contre tous les complices de8 Dumouriez , et contre ceux désignés par les pé-8 titionnaires. »
Après de longs et nombreux applaudissements,Un décret est rédigé, mis au voix, et adopté aumilieu d’un tumulte qui permet à peine de distin-guer s’il a réuni un nombre suffisant de suffrages.
R porte : que la commission des douze est suppri-mée ; que ses papiers seront saisis pour en êtreRdt l e rapport sous trois jours; que la force arméee st en réquisition permanente; que les autoritésinstituées rendront compte à la convention desmoyens pris pour assurer la tranquillité publique;'lue les complots dénoncés seront poursuivis, et9u une proclamation sera faite pour donner à la'rance une juste idée de cette journée, que lesMalveillants chercheront sans doute à défigurer.
11 était dix heures du soir, et déjà les jacobins,la commune, se plaignaient de ce que la journées’écoulait sans produire, de résultat. Ce décretrendu, quoiqu’il ne décide encore rien quant à lapersonne des girondins, est un premier succèsdont on se réjouit, et dont on force la conventionopprimée à se réjouir aussi. La commune ordonneaussitôt d’illuminer la ville entière; on fait unepromenade civique aux flambeaux; les sectionsmarchent confondues, celle du faubourg Saint-Antoine avec celles de la Butte-des-Moulins et duMail. Des députés de la Montagne et le présidentsont obligé d’assister à ce cortège, et les vain-queurs forcent les vaincus eux-mêmes à célébrerleur victoire.
Le caractère de la journée était assez évident.Les insurgés avaient prétendu faire toutes chosesavec des formes. Us ne voulaient pas dissoudre laconvention, mais en obtenir ce qu’ils exigeaient,en paraissant lui conserver leur respect. Les fai-bles membres de la Plaine se prêtaient volontiersà ce mensonge, qui tendait à les faire regarderencore comme libres, quoique en fait ils obéissent.On avait en effet aboli la commission des douze,et renvoyé l’examen de sa conduite à trois jours,afin de ne pas avoir l’air de céder. On n’avait pasattribué à la convention la disposition de la forcearmée, mais on avait décidé qu’il lui serait renducompte des mesures prises, pour lui conserverainsi les apparences de la souveraineté. On ordon-nait enfin une proclamation, pour répéter officiel-lement que la convention n’avait pas peur, et quelleétait parfaitement libre.
Le lendemain, Barrère fut chargé de rédiger laproclamation, et il travestit les événements du31 mai avec cette rare dextérité qui le faisait tou-jours rechercher quand il s’agissait de fournir auxfaibles un prétexte honnête de céder aux forts.Des mesures trop rigoureuses avaient excité, di-sait-il, du mécontentement; le peuple s’était levéavec énergie, mais avec calme, s’était montré toutela journée couvert de ses armes, avait proclamé lerespect des propriétés, avait respecté la libertéde la convention, la vie de chacun de ses membres,et demandé une justice qu’on s’était empressé delui rendre. C’est ainsi que Barrère s’exprimait àl’égard de l’abolition de cette commission desdouze, dont il était lui-même l’auteur.
Le 1 er juin, la tranquillité était loin d’être ré-tablie; la réunion à l’évêché continuait ses déli-bérations; le département, la commune, toujours