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Tome I.
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538 RÉVOLUTION FRANÇAISE.

convoqués extraordinairement, étaient en séance ;le bruit n’avait pas cessé dans les sections ; et detoutes parts on disait qu’on n’avait obtenu que lamoitié de ce qu’on désirait, puisque les vingt-deuxsiégeaient encore dans la convention. Le troublerégnait donc toujours dans Paris , et on s’attendaità de nouvelles scènes pour le lendemain dimanche,2 juin.

Toute la force positive et matérielle se trouvaitdans la réunion insurrectionnelle de l’évêché, et laforce légale dans le comité de salut public revêtude tous les pouvoirs extraordinaires de la conven-tion. Une salle avait été assignée dans la journéedu 31, pour que les autorités constituées y vinssentcorrespondre avec le comité de salut public. Pen-dant toute la journée du 1 er juin, le comité desalut public ne cessa de mander les membres del’assemblée insurrectionnelle, pour savoir ce quevoulait encore cette commune révoltée. Ce qu’ellevoulait était trop évident : c’était ou l’arrestation oula destitution des députés qui lui avaient si coura-geusement résisté. Tous les membres du comitéde salut public étaient profondément alfectés de ceprojet. Delmas, Treilhard , Bréard,s’en affligeaientsincèrement. Cambon, grand partisan, comme ille disait toujours, du pouvoir révolutionnaire,mais scrupuleusement attaché à la légalité, s’indi-gnait de l’audace de la commune, et disait à Bou-chotte, successeur de Beurnonville, et, commePache, complaisant des jacobins : « Ministre de las guèrre, nous ne sommes pas aveugles; je voisï très-bien que des employés de vos bureaux sont» parmi les chefs et les meneurs de tout ceci. »Barrère, malgré ses ménagements accoutumés,commençait aussi à s’indigner, et à le dire. <i Ili faudra voir, répétait-il dans cette triste jour-» née, si c’est la commune de Paris, qui repré-» sente la république française, ou si c’est la eon-» vention. » Le jacobin Lacroix, ami et lieutenantde Danton, paraissait embarrassé, aux yeux de sescollègues, de l’attentat qui se préparait contre leslois et la représentation nationale. Danton , quis’était borné à approuver et à désirer fortementl’abolition de la commission des douze, parcequ’il ne voulait rien de ce qui arrêtait l’énergiepopulaire, Danton aurait souhaité qu’on respectâtla représentation nationale; mais il prévoyait dela part des girondins de nouveaux éclats et une nou-velle résistance à la marche de la révolution, et ileût désiré trouver un moyen de les éloigner sansles proscrire. Garat lui en offrit un, qu’il saisit

avec empressement. Tous les ministres étaientprésents au comité; Garat s’y trouvait avec sescollègues. Profondément affligé de la situation oùse trouvaient, les uns à l’égard des autres, leschefs de la révolution, il conçut une idée géné-reuse, qui aurait pu ramener la concorde. « Sou-» venez-vous, dit-il aux membres du comité, et» particulièrement à Danton , des querelles de» Thémistocle et d’Aristide, de l’obstination de» l’un à refuser ce qui était proposé par l’autre,» et des dangers qu’ils firent courir à leur patrie.» Souvenez-vous de la générosité d’Aristide, qui,» profondément pénétré des maux qu’ils causaient» tous deux à leur pays, eut la magnanimité de» s’écrier: O Athéniens, vous ne pourrez être» tranquilles et heureux, que lorsque vous nous» aurez jetés, Thémistocle et moi, dans le Bara-» threlEhbien! ajoute Garat, que les chefs des» deux côtés de l’assemblée se répètent les paroles» d’Aristide, et qu’ils s’exilent volontairement, et» en nombre égal, de l’assemblée. Dès ce jour,» les discordes se calmeront; il restera dans l’as-» semblée assez de talents pour sauver la choses publique, et la patrie bénira, dans leurmagni-s fique ostracisme, ces hommes qui se seront an-» nulés pour la pacifier. » A cette idée généreuse,tous les membres du comité sont émus. Delmas,Barrère, le chaud Cambon, sont enchantés de ceprojet. Danton , qui était ici le premier sacrifié,Danton , se lève, les larmes aux yeux; et dit àGarat : <r Vous avez raison, je vais à la convention» proposer cette idée, et je m’offrirai à me rendre» le premier en otage à Bordeaux , a On se séparetout pleins de ce noble projet, pour aller le com-muniquer aux chefs des deux partis. On s’adresseparticulièrement à Robespierre , à qui une telleabnégation nepouvaitconvenir, et qui répond quece n’est là qu’un piège tendu à la Montagne pourécarter ses plus courageux défenseurs. De ce pro-jet il ne reste plus alors qu’une seule partie exécu-table, c’est l’exil volontaire des girondins, lesmontagnards refusant de s’y soumettre eux-mêmes.C’est Barrère qui est chargé, au nom du comité desalut public, de proposer aux uns un sacrifice queles autres n’avaient pas la générosité d’accepter.Barrère rédige donc un projet pour proposer auxvingt-deux et aux membres de la commission desdouze, de se démettre volontairement de leursfonctions.

Dans ce moment, le projet définitif de la secondeinsurrection s’arrêtait à l’assemblée de l’évêché. On