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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

se plaignait là, ainsi qu’aux Jacobins , de ce quel’é-nergie de Danton s’était ralentie depuis l’abolitionde la commission des douze. Marat proposait d’al-ler exiger de la convention la mise en accusationdes vingt-deux, et conseillait de l’exiger par force.On rédigeait même une pétition.courte et énergi-que pour cet objet. On arrêtait le plan de l’insur-rection, non dans l’assemblée, mais dans le co-mité d’exécution, chargé de ce qu’on appelait lesmoyens de salut public, et composé des Varlet,des Dobsen, des Gusman, et de tous ces hommesqui s’étaient constamment agités depuis le 21 jan-vier. Ce comité décida de faireentourer la conven-tion par la force armée, et de consigner ses mem-bres dans la salle, jusqu’à ce qu’elle eût rendu ledécret exigé. Pour cela, on devait faire rentrerdans Paris les bataillons destinés pour la Vendée ,qu’on avait eu soin de retenir, sous divers pré-textes, dans les casernes de Courbevoie . On croyaitpouvoir obtenir de ces bataillons, et de quelquesautres dont on disposait, ce qu’on n’aurait peut-être pas obtenu de la garde des sections. En en-tourant le Palais-National de ces hommes dévoués,et en maintenant, comme au 31 mai, le reste dela force armée dans la docilité et l’ignorance, ondevait facilement venir à bout de la résistance dela convention. C’est Henriot qui fut encore chargéde commander les troupes autour du Palais-Na-tional.

C’était là ce qu’on s’était promis pour le lende-main dimanche 2 juin; mais dans la soirée du sa-medi , on voulait voir si une dernière démarche nesuffirait pas, et essayer quelques nouvelles som-mations. Dans cette soirée, en effet, on fait battrela générale et sonner le tocsin, et le comité des alut public s’empresse de convoquer la conven-l mn, pour siéger au milieu de cette nouvelle tem-pête.

Dans ce moment, les girondins, réunis unedernière fois, dînaient ensemble, pour se consul-ter sur ce qui leur restait à faire. Il était évidenta leur yeux que l’insurrection actuelle ne pouvaitPlus avoir pour objet ni des presses à briser,c °mme avait dit Danton , ni une commission à® u Pprimer, et qu’il s’agissait définitivement dee Urs personnes. Les uns conseillaient de resterermes à leur poste, et de mourir sur la chaise‘'Ut’ule, en défendant jusqu’au bout le caractère°ut ils étaient revêtus. Pétion, Buzot, Gensonné ,Jonchaient pour cette grave et magnanime réso-utl °n. Barbaroux, sans calculer les résultats, ne

suivant que les inspirations de son âme héroïque,voulait aller braver ses ennemis par sa présenceet son courage. D’autres enfin, et Louvet était leplus ardent à soutenir cette dernière opinion,proposaient d’abandonner sur-le-champ la con-vention , où ils n’avaient plus rien à faire d’utile,où la Plaine n’avait plus assez de courage pourleur donner ses suffrages, et où la Montagne etles tribunes étaient résolues à couvrir leurs voixpar des huées. Ils voulaient se retirer dans leursdépartements, fomenter l’insurrection déjà pres-que déclarée, et revenir en force à Paris vengerles lois et la représentation nationale. Chacunsoutenait son avis, et on ne savait auquel s’arrê-ter. Le bruit du tocsin et de la générale obligeles infortunés convives à quitter la table, et à cher-cher un asile avant d’avoir pris une résolution. Usse rendent alors chez l’un deux, moins compro-mis que les autres, et non inscrit sur la fameuseliste des vingt-deux, chez Meilhan, qui les avaitdéjà reçus, et qui habitait, rue des Moulins, unlogement vaste, où ils pouvaient se réunir en ar-mes. Ils s’y rendent en hâte, à part quelques-unsqui avaient d’autres moyens de se mettre à couvert.

La convention s’était réunie au bruit du tocsin.Très-peu de membres étaient présents, et tousceux du côté droit manquaient. Lanjuinais seul,empressé de braver tous les dangers, s’y étaitrendu pour dénoncer le complot, dont la révéla-tion n’apprenait rien à personne. Après une séanceassez orageuse et assez courte, la convention ré-pondit aux pétitionnaires de l’évêché, que, vu ledécret qui enjoignait au comité de salut publicde lui faire un rapport sur les vingt-deux, ellen’avait pas à statuer sur la nouvelle demande dela commune. On se sépara en désordre, et lesconjurés renvoyèrent au lendemain matin l’exé-cution définitive de leur projet.

La générale et le tocsin se firent entendre toutela nuit du samedi au dimanche matin, 2 juin 1793.Le canon d’alarme gronda, et toute la populationde Paris fut en armes dès la pointe du jour. Prèsde quatre-vingt mille hommes étaient rangés au-tour de la convention, maisplusde soixante-quinzemille ne prenaient aucune part à l’événement, etsc contentaient d’y assister l’arme au bras. Quel-ques bataillons dévoués de canonniers étaientrangés sous le commandement de Henriot, autourdu Palais-National. Us avaient cent soixante-troisbouches à feu, des caissons, des grils à rougir lesboulets, des mèches allumées, et tout l’appareil