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Tome I.
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34(3 RÉVOLUTION FRANÇAÎSË .

La menace laite par Fonfrède du haut de la tri-bune n'était point vaine, et non-seulement lesBordelais , mais les habitants de presque tous lesdépartements étaient prêts à prendre les armescontre la convention. Leur mécontentement dataitde plus loin que le 2 juin ; il avait commencéavec les querelles entre les montagnards et lesgirondins. On doit se souvenir que, dans toute laFrance , les municipalités et les sections étaientdivisées. Les partisans du système montagnardoccupaient les municipalités et les clubs ; les répu-blicains modérés, qui, au milieu des crises de larévolution, voulaient conserver l’équité ordinaire,s’étaient tous retirés, au contraire, dans les sec-tions. Déjà la rupture avait éclaté dans plusieursvilles. A Marseille , les sections avaient dépouilléla municipalité de ses pouvoirs, pour les transpor-ter à un comité central; elles avaient en outreinstitué de leur chef un tribunal populaire, pourjuger les patriotes accusés d’excès révolutionnai-res. Les commissaires Bayle et Boisset cassèrenten vain ce comité et ce tribunal; leur autorité futtoujours méconnue, et les sections étaient restéesen insurrection permanente contre la révolution. ALyon , il y avait eu un combat sanglant. 11 s’agis-sait de savoir si un arrêté municipal, portantl’institution d’une armée révolutionnaire et d’unetaxe de guerre sur les riches, serait exécuté. Lessections qui s’y refusaient s’étaient déclarées enpermanence : la municipalité avait voulu les dis-soudre; mais, aidées du directoire de départe-ment, elles avaient résisté. Le 29 mai, on en étaitvenu aux mains, malgré la présence des deux com-missaires de la convention, qui firent de vainsefforts pour empêcher le combat. Les sections vic-torieuses, après avoir pris d’assaut l’arsenal etl’hôtel de ville, avaient destitué la municipalité,fermé le club jacobin, où Chalier excitait les plusgrands orages, et s’étaient emparées de la souve-raineté de Lyon . Il y avait eu quelques centainesde morts dans ce combat. Les représentants Nio-che et Gauthier restèrent détenus tout un jour;délivrés ensuite, il se retirèrent auprès de leurscollègue Albite et Dubois-Crancé , qui, commeeux, avaient une mission pour l’armée des Alpes.

Telle était la situation de Lyon et du Midi dansles derniers jours de mai. Bordeaux n’offrait pasun aspect plus rassurant. Cette ville, avec toutescelles de l’Ouest, de la Bretagne et de la Norman-die , attendait pour agir que les menaces, si long-temps répétées, contre les députés des provinces,

fussent réalisées. C’est dans ces dispositions queles départements apprirent les événements de lafin de mai. La journée du 27, où la commissiondes douze avait été supprimée une première fois,causa déjà beaucoup d’irritation, et de toutes partsil fut question de prendre des arrêtés improba-teurs de ce qui se passait à Paris . Mais le 34 mai,le 2 juin, mirent le comble à l’indignation. La re-nommée, qui grossit toutes choses, exagéra lesfaits. On répandit que trente-deux députés avaientété massacrés par la commune ; que les caisses pu-bliques étaient livrées au pillage ; que les brigandsde Paris s’étaient emparés du pouvoir, et allaientle transmettre ou à l’étranger ou à Marat , ou àd’Orléans . On s’assembla pour faire des pétitions,et pour se disposer à prendre les armes contre lacapitale. Dans ce moment, les députés fugitifs vin-rent rapporter eux-mêmes ce qui s’était passé, etdonner plus de consistance aux mouvements quiéclataient de toutes parts.

Outre ceux qui s’étaient déjà évadés, plusieurséchappèrent encore aux gendarmes ; d’autres mêmequittèrent l’assemblée pour aller fomenter l’insur-rection. Gensonné, Valazé , Vergniaud, s’obstinè-rent à demeurer, disant que, s’il était bon qu’unepartie d’entre eux allât réveiller le zèle des dépar-tements, il était utile aussi que les autres restas-sent en otages dans les mains de leurs ennemis,pour y faire éclater par un procès, et au péril deleur tête, l’innocence de tous. Buzot , qui n’avaitjamais voulu se soumettre au décret du 2 juin, setransporta dans son département de l’Eure , poury exciter un mouvement parmi les Normands;Gorsas l’y suivit dans la même intention. Brissot serendit à Moulins . Meilhan, qui n’était point arrêté,mais qui avait donné asile à ses collègues dansles nuits du 31 mai au 2 juin, Duchatel, que lesmontagnards appelaient le revenant du 21 janvier,parce qu’il était sorti de son lit pour voter en fa-veur de Louis XVI , quittèrent la convention pouraller remuer la Bretagne . Biroteau échappa auxgendarmes, et alla avecChasset diriger les mouve-ments des Lyonnais . Rebecqui, devançant Barba-roux, qui était encore retenu, se rendit dans lesBouches-du-Rhône. Rabaut Saint-Étienne accou-rut à Nîmes, pour faire concourir le Languedoc au mouvement général contre les oppresseurs dela convention.

Dès le 13 juin, le département de l’Eure s’as-sembla , et donna le premier signal de l’insurrec-tion. La convention, disait-il, n’étant pas libre,