Band 
Tome I.
Seite
348
JPEG-Download
 

548

RÉVOLUTION FRANÇAISE.

et à rassurer les départements. La suppression descomités révolutionnaires mettait un terme à l’in-quisition exercée contre les suspects ; le choix d’unbon commandant assurait l’ordre à Paris ; les trentedéputés envoyés devaient servir à la fois d’otageset de conciliateurs. Mais la Montagne n’était pasdu tout disposée à négocier. Usant avec hauteurde ce qu’elle appelait l’autorité nationale, elle re-poussa tous les moyens de conciliation. Robespierre ■fit ajourner le projet du comité. Danton , élevantencore sa voix dans cette circonstance périlleuse,rappela les crises fameuses de la révolution, lesdangers de septembre au moment de l’invasion dela Champagne et de la prise de Verdun ; les dan-gers de janvier, avant que la condamnation du der-nier roi fût décidée, enfin les dangers bien plusgrands d’avril, alors que Dumouriez marchait surParis, et que la Vendée se soulevait. La révolu-tion, suivant lui, avait surmonté tous ces périls;elle était sortie victorieuse de toutes ces crises,elle sortirait victorieuse encore de la dernière.« C’est au moment, s’écria-t-il, d’une grande pro-» duction que les corps politiques, comme les

1 corps physiques, paraissent toujours menacést, d’une destruction prochaine. Eh bien! la foudre» gronde, et c’est au milieu de ses éclats que le» grand œuvre, qui établira le bonheur de vingt-j> quatre millions d’hommes,- sera produit. > Dan-ton voulait que, par un décret commun à tous lesdépartements, il leur fût enjoint de se rétractervingt-quatre heures après sa réception, sous peined’être mis hors la loi. La voix puissante de Danton ,qui n’avait jamais retenti dans les grands périlssans ranimer les courages, produisit son effetaccoutumé. La convention, quoiqu’elle n’adoptâtpas exactement les mesures proposées, renditnéanmoins les décrets les plus énergiques. Pre-mièrement, elle déclara, quant au 31 mai et au

2 juin, que le peuple de Paris , en s’insurgeant,avait bien mérité de la patrie *; que les députés,qui d’abord devaient être mis en arrestation chezeux, et dont quelques-uns s’étaient évadés, se-raient transférés dans une maison de force, poury être détenus comme les prisonniers ordinaires ;qu’un appel de tous les députés serait fait, et queles absents sans commission ou sans autorisationseraient déchus et remplacés par leurs suppléants;que les autorités départementales ou municipalesne pourraient ni se déplacer, ni se transporter d’un

lieu dans un autre; qu’elles ne pourraient corres-pondre entre elles, et que tous commissaires en-voyés de département à département, dans le butde se coaliser, devaient être saisis sur-le-champpar les bons citoyens, et envoyés à Paris sousescorte. Après ces mesures générales, la conven-tion cassa l’arrêté du département de l’Eure ; ellemit en accusation les membres du département duCalvados , qui avaient arrêté deux de ses commis-saires; elle se conduisit de même à l’égard de Bu-zot, instigateur de la révolte des Normands; ellefil partir deux députés, Mathieu etTreilhard, pourles départements de la Gironde, de la Dordogne ,de Lot-et-Garonne , qui demandaient des explica-tions avant de s’insurger. Elle manda les autoritésde Toulouse , cassa le tribunal et le comité cen-tral de Marseille , décréta Barbaroux, et mit lespatriotes incarcérés sous la sauvegarde de la loi.Enfin, elle envoya Robert Lindet à Lyon , pouraller y prendre connaissance des faits, et y faireun rapport sur l’état de cette ville.

Ces décrets, rendus successivement dans lecourant de juin, ébranlèrent beaucoup de dépar-tements, peu habitués à lutter avec l’autoritécentrale. Intimidés, incertains, ils résolurent d’at-tendre l’exemple que leur donneraient des dépar-tements plus puissants, ou plus engagés dans laquerelle.

Les administrations de la Normandie , excitéespar la présence des députés qui s’étaient joints àBuzot, tels que Barbaroux, Guadet , Louvet, Salles,Pétion, Bergoing, Lesage, Cussy, Kervélégan,poursuivirent leurs premières démarches, et fixè-rent à Caen le siège d’un comité central des dépar-tements. L’Eure, le Calvados, l’Orne , y envoyèrentdes commissaires. Les départements de la Bretagne ,qui s’étaient d’abord confédérés à Rennes , décidé'rent qu’ils se joindraient à l’assemblée centralede Caen , et qu’ils y dépêcheraient des députés. L e30 juin, en effet,les envoyés du Morbihan , du F»'nistère, des Côtes-du-Nord, de la Mayenne , d’Ule'et-Vilaine, de la Loire-Inférieure , réunis à ceu*du Calvados, de l’Eure et de l’Orne , se constituenten assemblée centrale cle résistance à /’ oppression>promettent de maintenir l’égalité, l’unité, l’ind*'visibilité de la république, mais jurent haine au*-anarchistes, et s’engagent à n’employer leurs p° uvoirs que pour assurer le respect des personnes,des propriétés et de la souveraineté du peuple-Après s’être ainsi constitués, ils décident qu’il serafourni des contingents par chaque département’

Décret ilu 13 juin.