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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

pour composer une force armée suffisante pouraller à Paris rétablir la représentation nationaledans son intégrité. Félix Wimpffen , général del’armée qui devait s’organiser le long des côtes deCherbourg , est nommé commandant de l’arméedépartementale. Il accepte, et se revêt aussitôt dutitre qu’il vient de recevoir. Mandé à Paris par leministre de la guerre, il répond qu’il n’y a qu’unmoyen de faire la paix, c’est de révoquer tous lesdécrets rendus depuis le 31 mai; qu’à ce prix lesdépartements fraterniseront avec la capitale, maisque, dans le cas contraire, il ne peut aller à Paris qu’à la tête de soixante mille Normands et Bretons.

Le ministre, en même temps qu’il appelaitWimpffen à Paris , ordonnait au régiment des dra-gons de la Manche, stationné dans la Normandie ,de partir sur-le-champ pour se rendre à Versailles .A cette nouvelle, tous les fédérés déjà rassemblésà Évreux se mirent en bataille ; la garde nationalese joignit à eux, et on ferma aux dragons le cheminde Versailles . Ceux-ci, ne voulant pas en venir auxmains, promirent de ne pas partir, et fraternisè-rent en apparence avec les fédérés. Les officiersécrivirent secrètement à Paris qu’ils ne pouvaientobéir sans commencer la guerre civile. On leurpermit alors de rester.

L’assemblée de Caen décida que les bataillonsbretons déjà arrivés seraient dirigés de Caen surÉvreux , rendez-vous général de toutes les forces.On expédia sur ce point des vivres, des armes, desmunitions, des fonds prix dans les caisses publi-ques. On y envoya des officiers gagnés à la causedu fédéralisme, et beaucoup de royalistes cachésqui se jetaient dans tous les soulèvements, et pré-vient le masque du républicanisme pour combat-tre la révolution. Parmi les contre-révolutionnairesde cette espèce était le nommé Puisaye, qui affi-chait un grand zèle pour la cause des girondins,et que Wimpffen , royaliste déguisé, nomma gé-néral de brigade, et chargea du commandementde l’avant-garde déjà réunie à Évreux . Cette avant-§arde pouvait s’élever à cinq ou six mille hommes,e t s’augmentait tous les jours de nouveaux contin-gents. Les braves Bretons accouraient de toutesPorts , et annonçaient d’autres bataillons qui de-vient les suivre en plus grand nombre. Une cir-constance les empêchait de venir tous en masse,c était la nécessité de garder les côtes de l’Océancontre les flottes anglaises, et d’envoyer des balail-j°ns contre la Vendée , qui débordait déjà jusqu’àa Loire , et semblait prête à la franchir. Quoique

les Bretons des campagnes fussent dévoués auclergé, ceux des villes étaient républicains sincè-res, et, tout en combattant Paris , ils n’en voulaientpas moins continuer une guerre opiniâtre contre laVendée .

Telle était la situation des choses dans la Bre-tagne et la Normandie vers les premiers jours dejuillet. Dans les départements voisins de la Loire,on s’était ralenti ; des commissaires de la conven-tion-, qui se trouvaient alors sur les lieux pourdiriger les nouvelles levées sur la Vendée , avaientengagé les administrateurs à attendre les événe-ments avant de se compromettre davantage. Là,pour le moment, on ne songeait plus à envoyerdes députés à Bourges , et on observait une granderéserve.

A Bordeaux , l’insurrection était permanente eténergique. Les députés Treilhard et Mathieu fu-rent gardés à vue dès leur arrivée, et il fut ques-tion d’abord de les arrêter comme otages : cepen-dant, sans en venir à cette extrémité, on les sommade comparaître devant la commission populaire,où les bourgeois, qui les regardaient comme desenvoyés maratïsles, les accueillirent assez mal. Onles interrogea sur ce qui s’était passé à Paris ; et,après les avoir entendus, la commission déclaraque, d’après leur déposition même, la conventionn’avait pas été libre au 2 juin, ne l’était plus de-puis cette époque; qu’ils n’étaient eux-mêmes queles envoyés d’une assemblée sans caractère légal,et qu’en conséquence ils n’avaient qu’à sortir dudépartement. Ils furent en effet reconduits sur leslimites, et immédiatement après, on décréta à Bor-deaux les mesures qui venaient d’être prises à Caen .On prépara des subsistances et des armes; on dé-tourna les fonds publics, et une avant-garde futportée à Langon , en attendant le corps principalqui devait partir sous peu de jours. Ceci se passaitencore dans les derniers jours de juin et les pre-miers de juillet.

Les députés Mathieu et Treilhard , trouvantmoins de résistance, et pouvant mieux se faire en-tendre dans les départements de la Dordogne , dela Vienne, de Lot-et-Garonne , parvinrent à cal-mer les esprits, et réussirent, par leur caractèreconciliateur, à empêcherdes mesures hostiles, età gagner du temps dans l’intérêt de la convention.Mais, dans les départements plus élevés, dans lesmontagnes de la Haute-Loire , et sur leur revers,dans l’Hérault, le Gard , sur tous les bords duRhône, l’insurrection fut générale : le Gard et