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RÉVOLUTION
l’Hérault mirent leurs bataillons en marche, et lesenvoyèrent au Pont-Saint-Esprit , pour y occuperles passages du Rhône , et faire leur jonction avecles Marseillais qui devaient remonter ce fleuve.Les Marseillais, en effet, refusant d’obtempéreraux décrets de la convention, maintinrent leurtribunal, n’élargirent point les patriotes incarcé-rés, et firent même commencer les exécutions. Ilsformèrent une armée de six mille hommes, quis’avança d’Aix sur Avignon , et qui, se liant auxLanguedociens réunis au Pont-Saint-Esprit , de-vait soulever dans sa marche les rives du Rhône ,de l’Isère et de la Drôme , et se coaliser enfin avecles Lyonnais, et avec les montagnards de l’Ain etdu Jura. A Grenoble , les administrations fédérali-sées luttaient contre Dubois-Crancé , et menaçaientmême de l’arrêter. N’osant encore lever des trou-pes, elles avaient envoyé des députés pour fra-terniser avec Lyon. Dubois-Crancé , avec l’arméedésorganisée des Alpes , se trouvait au milieud'une ville presque révoltée, qui lui disait chaquejour que le Midi pouvait se passer du Nord; ilavait à garder la Savoie , où les illusions inspiréesd’abord par la liberté et par la domination fran-çaise étaient dissipées, où l’on se plaignait deslevées d’hommes et des assignats, et où l’on necomprenait rien à cette révolution si agitée et sidifférente de ce qu’on l’avait crue d’abord. IL avaitsur ses côtés la Suisse , où les émigrés s’agitaient,et où Berne voulait de nouveau envoyer garnisonà Genève; et sur ses dernières enfin Lyon , quiinterceptait sa correspondance avec le comité desalut public.
A Lyon, on avait reçu Robert Lindet ; mais onavait prêté en sa présence même le serment fédé-raliste: UNITÉ, INDIVISIBILITÉ DE LA RÉPUBLIQUE;HAINE AUX ANARCHISTES, ET REPRÉSENTATION NATIO-NALE tout entière. Loin d’envoyer à Paris les pa-triotes arrêtés, on avait continué les procédurescommencées contre eux. Une nouvelle autorité,composée des députés des communes et desmembres des corps constitués, s’était formée sousle titre de Commission populaire et républicaine desalut public de Rhône-et-Loire. Cette assembléevenait de décréter l’organisation d’une force dé-partementale, pour se coaliser avec les frères duJura, de l’Isère, des Bouches-du-Rhône, de la Gi-ronde et du Calvados . Celte force était déjà touteprête ; on avait décidé en outre la levée d’un sub-side ; et là, comme dans tous les autres départe-ments, on n’attendait plus qu’un signal pour se
FRANÇAISE.
mettre en mouvement. Dans le Jura , dès qu’onapprit la nouvelle que les deux députés Bassal etGarnier de Troyes , envoyés pour rétablir l’obéis-sance envers la convention, avaient réuni à Dole quinze cents hommes de troupes de ligne, plus dequatorze mille montagnards avaient pris les ar-mes, et se disposaient à les envelopper.
Si Ton considère l’état de la France dans lespremiers jours de juillet 93, on verra qu’une co-lonne sortie de la Bretagne et de la Normandie ,et portéejusqu’à Évreux , ne se trouvaitqu’à quel-ques lieues de Paris ; qu’une autre s’avançait deBordeaux , et pouvait entraîner à sa suite tous lesdépartements du bassin de la Loire, encore incer-tains; que six mille Marseillais, postés à Avignon ,attendant les Languedociens au Pont-Saint-Esprit ,occupé déjà par huit cents Nîmois, étaient à por-tée de se réunir à Lyon avec tous les fédérés deGrenoble, de l’Ain et du Jura , pour fondre, à tra-vers la Bourgogne, sur Paris . En attendant cettejonction générale, les fédéralistes prenaient tousles fonds dans les caisses, interceplaient les sub-sistances et les munitions envoyées aux armées, etremettaient en circulation les assignats rentréspar la vente des bien nationaux *. Une circonstanceremarquable, et qui caractérise bien l’esprit despartis, c’est que les deux factions s’adressaientles mêmes reproches, et s’attribuaient le mêmebut. Le parti de Paris et de la Montagne imputaitaux fédéralistes de vouloir perdre la républiqueen la divisant, et de s’entendre avec les Anglais pour faire un roi, qui serait ou le duc d’Orléans,ou Louis XVII, ou le duc d’York . De son côté, leparti des départements et des fédéralistes accusaitla Montagne de vouloir amener la contre-révolutionpar l’anarchie, et disait que Marat, Robespierre ,Danton, étaient vendus à l’Angleterre ou à d’Or-léans . Ainsi des deux côtés, c’était la républiquequ’on prétendait sauver, et la monarchie dont oncroyait combattre le retour. Déplorable et ordinaireaveuglement des partis !
Mais ce n’était là qu’une portion des dangers denotre malheureuse patrie. L’ennemi du dedansn’était à craindre qu’à cause de l’ennemi du de-hors, devenu plus redoutable que jamais. Tandisque des armées de Français s’avançaient des prO'vinces vers le centre, des armées d’étrangers en-touraient de nouveau la France et la menaçaient
* Rapport de Cambon sur les travaux du comité de sali' 1publie, depuis le 10 avril jusqu'au 10 juillet.