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Tome I.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

cèsun peu d’audace, il aurait pu nous disperser,nous faire évacuer Nice et repasser leVar. Keller-mann était accouru de son quartier général desAlpes , avait rallié l’armée au camp de Donjon, fixédes positions défensives, et ordonné, en attendantde nouvelles forces, une inaction absolue. Une cir-constance rendait encore plus dangereuse la situa-tion de cette armée, c’était l’apparition dans laMéditerranée de l’amiral anglais Hood, sorti deGibraltar avec trente-sept vaisseaux, et de l’ami-ral Langara, venu avec des forces à peu près éga-les des ports d’Espagne . Des troupes de débarque-ment pouvaient occuper la ligne du Varet prendreles Français par derrière. La présence des esca-dres empêchaient en outre les approvisionnementspar mer, favorisait la révolte du Midi , et encou-rageait la Corse à se jeter dans les bras des An-glais. Nos (lottes réparaient dans Toulon les dom-mages qu’elles avaient essuyésdans l’expédition simalheureuse de Sardaigne , et osaientà peine pro-téger les caboteurs qui apportaient des grainsd’Italie . La Méditerrannée n’était plus à nous, etle'commerce du Levant passait de Marseille auxGrecs et aux Anglais. Ainsi l’armée d’Italie avaiten face les Piémontais victorieux en plusieurscombats, et à dos la révolte du Midi et deux es-cadres.

Aux Pyrénées, la guerre avec l’Espagne , décla-rée le 7 mars, à la suite de la mort de Louis XVI ,venait à peine de commencer. Les préparatifsavaient été longs des deux côtés, parce que l’Es-pagne , lente, paresseuse et misérablement admi-nistrée, ne pouvait se hâter davantage, et parceque la France avait sur les bras d’autres ennemisqui occupaient toute son attention. Servan, géné-ral aux Pyrénées , avait passé plusieurs mois à or-ganiser son armée, et à accuser Pache avec autantd’amertume que le faisait Dumouriez . Les chosesétaient restées dans le même état sous Bouchotle,et, lorsque la campagne s’ouvrit, le général seplaignit encore du ministre, qui, disait-il, le lais-sait manquer de tout. Les deux pays communi-quent l’un avec l’autre par deux points, Perpignan et Bayonne . Porter vigoureusement un corps d’in-vasion sur Bayonne et Bordeaux , et aboutir ainsià la Vendée , était une tentative trop hardie pource temps-là; d’ailleurs l’ennemi nous supposaitde ce côté de plus grands moyens de résistance;il lui aurait fallu traverser les Landes, la Garonne et la Dordogne , et de pareilles difficultés auraientsuffi pour détourner de ce plan, si on y avait

songé. La cour de Madrid préféra une attaque pn 1 "Perpignan , parce qu’elle avait de ce côté une baseplus solide en places fortes, parce qu’elle comptait» -sur les royalistes du Midi, d’après les promessesdes émigrés, parce qu’enfin elle n’avait pas oublieses anciennes prétentions sur le Roussillon. Qua'tre ou cinq mille hommes furent laissés à la gardede l’Aragon; quinze ou dix-huit mille, moitié detroupes réglées et moitié de milices, durent guer-royer, sous le général Caro, dans les Pyrénées oc-cidentales; enfin le général Ricardos, avec vingt-quatre mille hommes, fut chargé d’attaquer sérieu-sement le Roussillon .

Deux vallées principales, celle du Tech et cellede la Tet,se détachentde la chaîne des Pyrénées ,et, débouchant vers Perpignan , forment nos deu*premières lignes défensives. Perpignan est placesur la seconde, celle de la Tet. Ricardos, instruitde la faiblesse de nos moyens, débute par unepensée hardie. 11 masque les forts Bellegarde etles Bains, situés sur la première ligne, et s’avancehardiment avec le projet défaire tomber tous nosdétachements épars dans les vallées, en les dépas-sant. Cette tentative lui réussit. Il débouche I eIo avril, bat les détachements envoyés sous le gé-néral Willot pour l’arrêter, et répand une terreurpanique sur toute la frontière. En avançant avecdix mille hommes, il était maître de Perpignan ,mais il n’avait pas assez d’audace; d’ailleurs tousses préparatifs n’étaient pas faits, et il laissa au*Français le temps de se reconnaître.

Le commandement, qui paraissait trop vaste,fut divisé. Servan eut les Pyrénées occidentales,et le général Deflers, qu’on a vu employé à l’expé-dition de Hollande, les Pyrénées orientales . Ce-lui-ci rallia l’armée en avant de Perpignan dansune position dite le Mas d’Eu. Le 19 mai, Rica r 'dos étant parvenu à réunir dix-huit mille hommes,attaqua le camp français . Le combat fut sanglant-Le brave général Dagobert, conservant dans unâge avancé toute la fougue d’un jeune homme, etjoignant à son courage une grande intelligence»réussit à se maintenir sur le champ de bataille-Deflers arriva avec dix-huit cents hommes de r e "serve, et le terrain fut conservé. La fin du j° urapprochait, et le combat paraissait devoir étrebeureux, mais, vers la nuit, nos soldats, accablespar la fatigue d’une longue résistance, cèdent toà coup le terrain et se réfugient en désordre sousPerpignan . La garnison effrayée ferme les port fiSet lire sur nos troupes, qu’elle prend pour ée s