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CONVENTION NATIONALE (1793).
chacun de ses agents. Depuis longtemps, comme°n l’a vu, ils avaient acquis une très-grande im-portance par leur nombre, par l’illustration et lehaut rang de la plupart de leurs membres, parlevaste cortège de leurs sociétés affiliées, enfin parleur ancienneté et leur longue influence sur la ré-volution. Mais depuis le 31 mai, ayant fait tairele côté droit de l’assemblée, et fait prédominer lesystème d’une énergie sans bornes, ils avaient ac-quis une puissance d’opinion immense, et avaienthérité de la parole abdiquée en quelque sorte parla convention. Ils poursuivaient les comités d’unesurveillance continuelle, examinaient leur conduiteainsi que celle des représentants, des ministres,des généraux, avec cette fureur de personnalitésqui leur était propre ; ils exerçaient ainsi sur tousles agents une censure inexorable, souvent inique,mais toujours utile par la terreur qu’elle inspiraitet le dévouement qu’elle imposait à tous. Les au-tres sociétés populaires avaient aussi leur libertéet leur influence, mais se soumettaient cependantà l’autorité des jacobins. Les cordeliers, par exem-ple, plus turbulents, plus prompts à agir, recon-naissaient néanmoins la supériorité de raison deleurs aînés, et se laissaient ramener par leursconseils, quand il leur arrivait de devancer le mo-ment d’une proposition, par excès d’impatiencerévolutionnaire. La pétition de Jacques Roux con-tre la constitution, rétractée par les cordeliers àla voix des jacobins, était une preuve de cette dé-férence.
Telle était, depuis le 31 mai, la distributiondes pouvoirs et des influences : on voyait à la fois*tn comité gouvernant, une commune occupée devcglements municipaux, et des jacobins exerçants ur le gouvernement une censure continuelle et ri-floureuse.
Deux mois ne s’étaient pas écoulés sans que l’o-pinion ne s’exerçât sévèrement contre l’adminis-lr ation actuelle. Les esprits ne pouvaient pass’arrêter au 31 mai; leur exigence devait aller aude là, et il était naturel qu’ils demandassent toujours
plus d’énergie, et plus de célérité, et plus der csultats. Dans la réforme générale des comités,réclamée le 2 juin, on avait épargné le comité deSa lut public, rempli d’hommes laborieux, étran-8 er s à tous les partis, et chargés de travaux qu’il^tait dangereux d’interrompre; mais on se souve-na it qu’il ava i t hésité au 31 mai et au 2 juin, qu’ilav£ dt voulu négocier avec les départements, et leurenvoyer des otages, et on ne tarda pas à le trouver
insuffisant pour les circonstances. Institué dans lemoment le plus difficile, on lui imputait des dé-faites qui étaient le malheur de notre situation,et non sa faute. Centre de toutes les opérations,il était encombré d’affaires, et on lui reprochaitde s’ensevelir dans les papiers, de s’absorber dansles détails, d’être en un mot usé et incapable.Établi cependant au moment de la défection deDumouriez , lorsque toutes les armées étaient dés-organisées, lorsque la Vendée se levait, et quel’Espagne commençait la guerre, il avait réorga-nisé l’armée du Nord et celle du Rhin , il avait créécelles des Pyrénées et de la Vendée , qui n’exis-taient pas, et approvisionné cent vingt-six placesou forts; et quoiqu’il restât encore beauéoupà fairepour mettre nos forces sur le pied nécessaire,c’était beaucoup d’avoir exécuté de pareils travauxen si peu de temps et à travers les obstacles del’insurrection départementale. Mais la défiance pu-blique exigeait toujours plus qu’on ne faisait, plusqu’on ne pouvait faire, et c’est en cela même qu’elleprovoquait une énergie si grande et proportionnéeau danger. Pour augmenter la force du comité, etremonter son énergie révolutionnaire, on avait ad-joint à ses membres, Saint-Just, Jean-Ron-Saint-André et Couthon . Néanmoins, on n’était pas sa-tisfait encore, et on disait que les derniers venusétaient excellents sans doute, mais que leur in-fluence était neutralisée par les autres.
L’opinion ne s’exerçait pas moins sévèrementcontre les ministres. Celui de l’intérieur, Garat,d’abord assez bien vu à cause de sa neutralité entreles girondins et les jacobins, n’était plus qu’unmodéré depuis le 2 juin. Chargé de préparer unécrit pour éclairer les départements sur les der-niers événements, il avait fait une longue disser-tation , où il expliquait et compensait tous les tortsavec une impartialité très-philosophique sansdoute, mais peu appropriée aux dispositions dumoment. Robespierre , auquel il communiqua cetécrit beaucoup trop sage, le repoussa. Les jacobinsen furent bientôt instruits, et ils reprochèrent àGarat de n avoir rien fait pour combattre le poisonrépandu par Roland. Il en était de même du minis-tre de la marine, d’Albarade, qu’on accusait delaisser, dans les états-majors des escadres, tousles anciens aristocrates. Il est vrai, en effet, qu’ilen avait conservé beaucoup, et les événements deToulon le prouvèrent bientôt ; mais les épurationsétaient plus difficiles dans les armées de mer quedans celles de terre, parce que les connaissances