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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

Qu’on ne laisse pas Camille se déshonorer ! — Oncoupe la parole, répond alors Camille, eli bien!a moi mon écritoire ! — Et il écrit aussitôt unPamphlet intitulé, Lettre à Dillon, plein de grâceet de raison, où il frappe dans tous les sens et surtoutes les têtes. Il dit au comité de salut public :'— « Vous avec usurpé tous les pouvoirs, amenétoutes les affaires à vous, et vous n’en terminezaucune. Vous étiez trois, chargés de la guerre;l’un est absent, l’autre malade, et le troisième n’ye utend rien; vous laissez à la tête de nos arméestas Custine, les Biron, les Menou, les Berthier,tous aristocrates, ou fayettistes, ou incapables. »Il dit à Cambon : « Je n’entends rien à ton système( ta finances, mais ton papier ressemble fort à celuide Law, et court aussi vite de mains en mains. »Il dit à Billaud-Varennes : « Tu en veux à Arthurûillon, parce qu’étant commissaire à son armée,Il te mena au feu; s — à Saint-Just : « Tu te res-pectes, et portes ta tête comme un saint sacre-ment; y> — à Bréard , à Delmas, à Barrèrc et au-tres : « Vous avez voulu donner votre démissionta 2 juin, parce que vous ne pouviez pas considé-rer cette révolution de sang-froid, tant elle vousParaissait affreuse. » Il ajoute que Dillon n’est nirépublicain, ni fédéraliste , ni aristocrate, qu’ilest soldat, et qu’il ne demande qu’à servir ; qu’ilv aut en patriotisme le comité de salut public ett°us les états-majors conservés à la tête desarmées ; que du moins il est grand militaire ;fiu’on est trop heureux d’en pouvoir conserverQuelques-uns, et qu’il ne faut pas s’imaginer quel °ut sergent puisse être général. « Depuis, ajoule-u 'l> qu’un officier inconnu, Dumouriez , a vaincuMalgré lui à Jemmapes , et a pris possession'ta toute la Belgique et de Bréda, comme unMaréchal des logis avec de la craie, les suc-? es de la république nous ont donné la même| Vl 'esse que les succès de son règne donnèrent àta>uis XIV. 11 prenait ses généraux dans son an-l tal»ambre, et nous croyons pouvoir prendre lesï'élrcs dans les rues; nous sommes meme alléstasqu’à dire que nous avions trois millions de gé-nél 'aux! »

Qnvoil, à ce langage, à ces attaques croisées,'ffie la confusion régnait dans la Montagne. Cettes *ffiation est ordinairement celle de tout parti quij’ en t de vaincre, qui va se diviser, mais dont les''actions ne sont pas encore clairement détachées.

he s’était pas formé encore de nouveau partiat) s le pan; vainqueur. L’accusation de modéré

ou d’exagéré planait sur toutes les têtes, sans sefixer positivement sur aucune. Au milieu de cedésordre d’opinions, une réputation restait tou-jours inaccessible aux attaques, c’était celle de Ro-bespierre . Il n’avait certainement jamais eu del’indulgence pour les individus; il n’avait aiméaucun proscrit, ni frayé avec aucun général, avecaucun financier ou député. On ne pouvait l’accuserd’avoir pris aucun plaisir dans la révolution, caril vivait obscurément chez un menuisier, et entre-tenait, dit-on, avec l’une de ses filles, un com-merce tout à fait ignoré. Sévère, réservé, intègre,il était et passait pour incorruptible. On ne pou-vait lui reprocher que l’orgueil, espèce de vicequi ne souille pas comme la corruption, mais quifait de grands maux dans les discordes civiles, etqui devient terrible chez les hommes austères,chez les dévots religieux ou politiques, parce qu’é-tant leur seule passion, ils la satisfont sans dis-traction et sans pitié.

Robespierre était le seul individu qui pût ré-primer certains mouvements d’impatience révolu-tionnaire, sans qu’on imputât sa modération à desliaisons de plaisir ou d’intérêt. Sa résistance,quand il en opposait, n’était jamais attribuée qu’àde la raison. Il sentait celte position, et il com-mença alors pour la première fois à se faire unsystème. Jusque-là, tout entier à sa haine, il n’a-vait songé qu’à pousser la révolution sur les gi-rondins; maintenant, voyant dans un nouveau dé-bordementdesesprilsun danger pour les patriotes,il pensa qu’il fallait maintenir le respect pour laconvention et le comité de salut public, parce quetoute l’autorité résidait en eux, et ne pouvait pas-ser en d’autres mains sans une confusion épou-vantable. D’ailleurs il était dans cette convention,il ne pouvait manquer d’être bientôt dans le co-mité de salut public, et, en les défendant, il sou-tenait à la fois une autorité indispensable, et uneautorité dont il allait faire partie. Comme touteopinion se formait d’abord aux Jacobins, il songeaà s’en emparer toujours davantage, aies rattacherautour de la convention et des comités, sauf à lesdéchaîner ensuite s il le jugeait nécessaire. Tou-jours assidu chez eux seuls, il les flattait de saprésence; ne prenant plus que rarement la paroleà la convention, où, comme nous l’avons dit, onne parlait presque plus, il se faisait souvent en-tendre à leur tribune, et ne laissait jamais passerune proposition importante sans la discuter, la mo-difier ou la repousser. En cela, sa conduite était