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Tome I.
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CONVENTION NATIONALE (1793).

furent déclarés en état de rébellion. Les deuxgiron-dins Chasset et Biroteau, voyant surgir le roya-lisme, se retirèrent. Cependant le président de lacommission populaire qui était dévoué aux émi-grés, ayant été remplacé, les déterminations étaientdevenus un peu moins hostiles. On reconnaissaitla constitution, et on offrait de se soumettre, maistoujours à condition de ne pas exécuter les deuxprincipaux décrets. Dans cet intervalle, les chefsfondaient des canons, accaparaient des munitions,et les difficultés ne semblaient devoir se terminerque par la voie des armes.

Marseille était beaucoup moins redoutable. Sesbataillons, rejetés au delà de la Durance par Car-teaux, ne pouvaient opposer une longue résistance;mais elle avait communiqué à la ville de Toulon ,jusque-là si républicaine, son esprit de révolte. Ceport, l’un des premiers du monde, et le premierde la Méditerranée, faisait envie aux Anglais , quicroisaient devant ses rivages. Des émissaires del’Angleterre y intriguaient sourdement, et y pré-paraient une trahison infâme. Les sections s’yétaient réunies le 13 juillet, et procédant commetoutes celles du Midi, avaient destitué la munici-palité et fermé le club jacobin. L’autorité, trans-miseauxmains des fédéralistes, risquait de passersuccessivement, de factions en factions, aux émi-grés et aux Anglais. L’armée de Nice , dans sonétat de faiblesse, ne pouvait prévenir un tel mal-heur. Tout devenait donc à craindre ; et ce vasteorage, amoncelé sur l’horizon du Midi , s’était fixésur deux points, Lyon et Toulon .

Depuis deux mois, la situation s’était donc ex-pliquée , et le danger moins universel, moinsétourdissant, était mieux déterminé et plus grave.^ l’Ouest, c’était la plaie dévorante de la Vendée ;a Marseille, une sédition obstinée; à Toulon unetrahison sourde; à Lyon une résistance ouverte etun siège. Au Rhin et au Nord c’était la perte dedeux boulevards qui avaient si longtemps arrêtéla coalition, et empêché l’ennemi de marcher surla capitale. En septembre 1792, lorsque les Prus-s ' e ns marchaient sur Paris et avaient pris Longwy et Verdun ; en avril 1793, après la retraite de laBelgique, après la défaite de Neerwinden , la dé-action de Dumouriez et le premier soulèvementdelà Vendée ; au 31 mai 1793, après l’insurrec-jt°u universelle des départements, l’invasion du‘'aussillon par les Espagnols , et la perte du campde Famars ; à ces trois époques, les dangersPaient été effrayants, sans doute, mais jamais

peut-être aussi réels qu’à celle quatrième et der-nière crise de la révolution. La France était moinsignorante et moins neuve à la guerre qu’en sep-tembre 1792, moins effrayée de trahisons qu’enavril 1793, moins embarrassée d’insurrectionsqu’au 31 mai et au 12 juin; mais, si elle étaitplus aguerrie et mieux obéie, elle était envahie àla fois sur tous les points, au Nord, au Rhin , auxAlpes , aux Pyrénées.

Cependant on ne connaîtrait pas encore tous lesmaux qui affligeaient alors la république, si on sebornait à considérer les cinq ou six champs debataille sur lesquels ruisselait le sang humain.L’intérieur offrait un spectacle tout aussi déplora-ble. Les grains étaient toujours chers et rares. Onse battait à la porte des boulangers pour obtenirune modique quantité de pain. On se disputait envain avec les marchands pour leur faire accepterles assignats en échange des objets de premièrenécessité. La souffrance était au comble. Le peu-ple se plaignait des accapareurs qui retenaient lesdenrées, des agioteurs qui les faisaient renchérir,et qui discréditaient les assignats par leur trafic.Le gouvernement, tout aussi malheureux que lepeuple, n’avait, pour exister aussi, que les assi-gnats, qu’il fallait donner en quantité trois ou qua-tre fois plus considérable pour payer les mêmesservices, et qu’on n’osait plus émettre de peur deles avilir encore davantage. On ne savait donc pluscomment faire vivre ni le peuple ni le gouver-nement.

La production générale n’avait pourtant pas di-minué. Bien que la nuit du 4 août n’eût pas encoreproduit ses immenses effets, la France ne man-quait ni de blé, ni de matières premières, ni dematières ouvrées; mais la distribution égale etpaisible en était devenue impossible, par les effetsdu papier-monnaie. La révolution qui, en abolis-sant la monarchie, avait voulu néanmoins payer sadette; qui, en détruisant la vénalité des offices,s’était engagée à en rembourser la valeur; qui, endéfendant enfin le nouvel ordre de choses contre1 Europe conjurée était obligée de faire les fraisd une guerre universelle, avait, pour suffire à tou-tes ces charges, les biens nationaux enlevés auclergé et aux émigrés. Pour mettre en circulationla valeur de ces biens, elle avait imaginé les assi-gnats , qui en étaient la représentation, et qui, parle moyen des achats, devaient rentrer au trésor etêtre brûlés. Mais comme on doutait du succès dela révolution et du maintien des ventes, on n’a-