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CONVENTION NATIONALE (1793).
rées, lettres de change, actions des compagnies,vieux contrats sur l’État, etc. Là, comme d’usage,intervenaient ces joueurs aventureux, qui se jet-tent dans toutes les espèces de hasard, qui spécu-lent sur les accidents du commerce, sur l’appro-visionnement des armées, sur la bonne foi desgouvernements, etc. Placés en observation à labourse, ils faisaient leur profit de toutes les haussessur la baisse constante des assignats. La baisse del’assignat commençait d’abord à la bourse, parrapport au numéraire et à toutes les valeurs mo-biles. Elle avait lieu ensuite, par rapport auxmar-chandises qui renchérissaient dans les boutiquesot les marchés. Cependant les marchandises nemontaient pas aussi rapidement que le numéraire,parce que les marchés sont éloignés de la bourse,parce qu’ils ne sont pas aussi sensibles, et qued’ailleurs les marchands ne peuvent pas se donnerle mot aussi rapidement que des agioteurs réunisdans une salle. La différence, déterminée d’abordù la bourse, ne se prononçait donc ailleurs qu’aprèsu n temps plus ou moins long ; l’assignat de8 francs, qui déjà n’en valait plus que 2 à la bourse,en valait encore 3 dans les marchés, et les agioteursa vaient ainsi l’intervalle nécessaire pour spéculer.Ayant leurs capitaux tout prêts, ils prenaient dunuméraire avant la hausse ; dès qu’il montait parrapport aux assignats, ils l’échangeaient contreeeux-ci; ils en avaient une plus grande quantité,et, comme la marchandise n’avait pas eu le tempsde monter encore, avec cette plus grande quantitéd’assignats ils se procuraient une plus grande quan-tité de marchandises, et la revendaient quand lerapport s’était rétabli. Leur rôle consistait à occu-P e r le numéraire et la marchandise pendant que1 un et l’autre s’élevaient par rapport à l’assignat,^eur profit n’était donc que le profit constant deta hausse de toutes choses sur l’assignat, et il étaitNaturel qu’on leur en voulût de ce bénéfice tou-jours fondé sur une calamité publique. Leur jeua étendait sur la variation de toutes les espèces de
fleurs, telles que le papier étranger, les actions, es compagnies, etc. Ils profitaient de tous les ac-cents qui pouvaient produire des différences,s tfu’une défaite, une motion, une fausse nott-^ e he. I] s formaient une classe assez considérable.
n y comptait des banquiers étrangers, des four-^ seurs, des usuriers, d’anciens prêtres ou nobles,^ fecents parvenus révolutionnaires, et quelquesPutés qui, p 0Ur ]’honneur de la convention,el ®ient que cinq ou six, et qui avaient l’avantage
perfide de contribuer à la variation des valeurs pardes motions faites à propos. Ils vivaient dans lesplaisirs avec des actrices, des ci-devant religieusesou comtesses, qui, du rôle de maîtresses, passaientquelquefois à celui de négociatrices d’affaires. Lesdeux principaux députés engagés dans ces intri-gues étaient Julien de Toulouse, et Delaunay d’An-gers , qui vivaient, le premier avec la comtesse deBeaufort, le second avec l’actrice Descoings. Onprétend que Chabot, dissolu comme un ex-capucin,et s’occupant quelquefois des questions financières,se livrait à cet agiotage, de compagnie avec deuxfrères, nommés Frey, expulsés de Moravie pourleurs opinions révolutionnaires, et venus à Paris pour y faire le commerce de la banque. Fabred’Églanline s’en mêlait aussi, et on accusait Dan-ton , mais sans aucune preuve, de n’y être pasétranger.
L’intrigue la plus honteuse fut celle que lia lebaron de Batz, banquier et financier habile, avecJulien de Toulouse, et Delaunay d’Angers , les dé-putés les plus décidés à faire fortune. Ils avaientle projet de dénoncer les malversations de la com-pagnie des Indes, défaire baisser ses actions, deles acheter aussitôt, de les relever ensuite aumoyen de motions plus douces, et de réaliser ainsiles profits de la hausse. D’Espagnac, cet abbé délié,qui fut fournisseur de Dumouriez dansla Belgique ,qui avait obtenu depuis l’entreprise générale descharrois, et dont Julien protégeait les marchésauprès de la convention, devait fournir en recon-naissance les fonds de l’agiotage. Julien se propo-sait d’entraîner encore dans cette intrigue Fabre,Chabot et autres, qui pouvaient devenir utilescomme membres de divers comités.
La plupart de ces hommes étaient attachés à larévolution, et ne cherchaient pas à la desservir;mais, à tout événement, ils voulaient s’assurer desjouissances et de la fortune. On ne connaissait pastoutes leurs trames secrètes; mais, comme ils spé-culaient sur le discrédit des assignats, on leur im-putait le mal dont ils profitaient. Comme ils avaientdans leurs rangs beaucoup de banquiers étrangers,on les disait agents de Pitt et de la coalition; et oncroyait encore voir ici une influence mystérieuse,et si redoutée, du ministre anglais . On était, enun mot, également indigné contre les agioteurs etles accapareurs, et on demandait contre les uns etles autres les mêmes supplices.
Ainsi, tandis que le Nord, le Rhin , le Midi, laVendée , étaient envahis par nos ennemis, nos