CONVENTION NATIONALE (1793).
quelques-uns penchaient pour l’indulgence, etqu’ils avaient la mission de demander une amnistiegénérale le jour de l’acceptation de la constitution.En effet, quelques personnes songeaient à cettioyen de sauver les girondins prisonniers, et tousles autres détenus pour cause politique. Mais lesjacobins ne voulaient aucune composition, et illeur fallait à la fois énergie et vengeance. On avaitcalomnié les commissaires des assemblées primai-res, dit Hassenfratz , en répandant qu’ils vou-laient proposer une amnistie ; ils en étaient inca-pables, et s’uniraient aux jacobins pour demander,®vec les mesures urgentes de salut public, la puni-l *°n de tous les traîtres. Les commissaires se tinrentPour avertis, et si quelques-uns, du reste peu nom-breux, songeaient à une amnistie, aucun n’osaPlus en faire la proposition.
Le 7 août, au malin, ils furent conduits à lacommune, et de la commune à l’évêché, où se te-n ait le club des électeurs, et où s’était préparé leSi mai. C’est là que devait s’opérer la réconcilia-tion des départements avec Paris , puisque c’étaitde là qu’était partie l’attaque contre la représen-tation nationale. Le maire Pache, le procureurEb au mette et toute la municipalité, marchant àleur tête, introduisent les commissaires à l’évêché.
part et d’autre, on s’adresse des discours; lesParisiens déclarent qu’ils n’avaient jamais voulu111 méconnaître, ni usurper les droits des déparle-Ulents; les commissaires reconnaissent à leur tourqu’on a calomnié Paris , ils s’embrassent alors lesUns et les autres, et se livrent au plus vif enthou-siasme. Tout à coup, l’idée leur vient d’aller à laconvention pour lui faire part de cette réconcilia-l, on. Ils s’y rendent en effet, et sont introduitssur-le-champ. La discussion est interrompue, l’undes commissaires prend la parole. « Citoyens re-
* présentants, dit-il, nous venons vous faire part1 de la scène attendrissante qui vient de se passer8 dans la salle des électeurs, où nous sommes allés8 donner le baiser de paix à nos frères de Paris .8 bientôt, nous l’espérons, la tête des calomnia-8 leurs de cette cité républicaine tombera sous le8 glaive de la loi. Nous sommes tous montagnards,
* v »ve la Montagne! t Un autre demande que les^présentants donnent aux commissaires le baiserr aternel. Aussitôt les membres de 1 assembléequittent leurs places, et se jettent dansles bras descommissaires des départements. Après quelques'Ustants d’une scène d’attendrissement et d’enthou-Sla sme, les commissaires défilent dans la salle, en
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poussant les cris de vive la Montagne ! vive la ré-publique ! et en chantant :
La Montagne nous a sauvésEn congédiant Gensonné ...
La Montagne nous a sauvésEn congédiant Gensonné .
Dansons la carmagnole, etc*
Ils se rendent ensuite aux Jacobins , où ils rédi-gent, au nom de tous les envoyés des assembléesprimaires, une adresse pour déclarer aux départe-ments que Paris a été calomnié. <t Frères et amis,écrivent-ils, calmez, calmez vos inquiétudes. Nousn’avons tous ici qu’un sentiment. Toutes nos âmessont confondues, et la liberté triomphante ne pro-mène plus ses regards que sur des jacobins, desfrères et des amis. Le Marais n’est plus. Nous neformons ici qu’une énorme et terrible montagnequi va vomir ses feux sur tous les royalistes et lespartisans de la tyrannie. Périssent les libellistesinfâmes qui ont calomnié Paris !.... Nous veillonstous ici jour et nuit, et nous travaillons, de con-cert avec nos frères de la capitale, au salut com-mun... Nous ne rentrerons dans nos foyers quepour vous annoncer que la France est libre, et quela patrie est sauvée. » Cette adresse, lue, applaudieavec enthousiasme, est envoyée à la conventionpour qu’elle soit insérée sur-le-champ dans le bul-letin de la séance. L’ivresse devient générale; unefoule d’orateurs se précipitent à la tribune du club,les têtes commencent à s’égarer. Robespierre , envoyant ce trouble, demande aussitôt la parole.Chacun la lui cède avec empressement. Jacobins,commissaires, tous applaudissent le célèbre ora-teur, que quelques-uns n’avaient encore ni vu nientendu.
Il félicite les départements qui viennent de sau-ver la France. « Us la sauvèrent, dit-il, une pre-mière fois en 89, en s’armant spontanément; uneseconde fois, en se rendant à Paris pour exécuterle 10 août; une troisième, en venant donner aumilieu de la capitale le spectacle de l’union et dela réconciliation générale. Dans ce moment, desinistres événements ont affligé la république, etmis son existence en danger ; mais des républicainsne doivent rien craindre, et ils ont à se défier d’uneémotion qui pourrait les entraîner à des désordres.On voudrait dans le moment produire une disettefactice et amener un tumulte; on voudrait porter