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Tome I.
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388 RÉVOLUTION

le peuple à l’arsenal, pour en disperser les muni-tions, ou y mettre le feu, comme il vient d’arriverdans plusieurs villes; enfin, on ne renonce pas àcauser encore un événement dans les prisons, pourcalomnier Paris , et rompre l’union qui vient d’êtrejurée. Défiez-vous de tant de pièges, ajoute Ro-bespierre , soyez calmes et fermes; envisagez sanscrainte les malheurs de la patrie, et travaillonstous à la sauver. »

On se calme à ces paroles, et on sc sépare aprèsavoir salué le sage orateur d’applaudissementsréitérés.

Aucun désordre ne vint troubler Paris pendantles jours suivants, mais rien ne fut oublié pourébranler les imaginations et les disposer à un gé-néreux enthousiasme. On ne cachait aucun danger,on ne dérobait aucune nouvelle sinistre à la con-naissance du peuple; on publiait successivementles déroutes de la Vendée , les nouvelles toujoursplus alarmantes de Toulon , le mouvement rétro-grade de l’armée du Rhin, qui se repliait devantles vainqueurs de Mayence , et enfin le péril ex-trême de l’armée du Nord, qui était retirée aucamp de César, et que les Impériaux, les Anglais ,les Hollandais, maîtres de Condé , de Valenciennes,et formant une masse double, pouvaient enleveren un coup de main. Entre le camp de César etParis , il y avait tout au plus quarante lieues, etpas un régiment, pas un obstacle qui pût arrêterl’ennemi. L’armée du Nord enlevée, tout étaitperdu, et on recueillait avec anxiété les moindresbruits arrivant de cette frontière.

Les craintes étaient fondées, et dans eemoment,en effet, le camp de César se trouvait dans le plusgrand péril. Le 7 août, au soir, les coalisés yétaient arrivés, et le menaçaient de toutes parts.Entre Cambrai et Bouchain, s’étend une ligne dehauteurs. L’Escaut les protège en les parcourant.C’est là ce qu’on appelle le camp de César, appuyésur deux places, et bordé par un cours d’eau. Le 7,au soir, le duc d’York, chargé de tourner les Fran-çais, débouche en vue de Cambrai qui formait ladroite du camp de César. Il somme la place ; lecommandant répond en fermant ses portes et enbrûlant les faubourgs. Le même soir, Cobourg ,avec une masse de 40 mille hommes, arrive surdeux colonnes aux bords de l’Escaut, et bivouaqueen face de notre camp. Une chaleur étouffante pa-ralyse les forces des hommes et des chevaux; plu-sieurs soldats, frappés des rayons du soleil, ontexpiré dans la journée. Kilmaine , nommé pour

I FRANÇAISE.

remplacer Cusline, et n’ayant voulu accepter lecommandement que par intérim, no croit pas pou-voir tenir dans une position aussi périlleuse. Me'nacé, vers sa droite, d’être tourné par le ducd’York , ayant à peine trente-cinq mille hommesdécouragés à opposera soixante-dix mille hommesvictorieux, il croit plus prudent de songer à la re-traite, et de gagner du temps en allant chercher unautre poste. La ligne de la Scarpe, placée der-rière celle de l’Escaut, lui paraît bonne à occuper-Entre Arras et Douay, des hauteurs bordées parla Scarpe forment un camp semblable au camp deCésar, et, comme cclui-ci, appuyé par deux placeset bordé par un cours d’eau. Kilmaine prépare saretraite pour le lendemain matin 8.

Son corps d’armée traversera la Cense, petite ri-vière longeant les derrières du terrain qu’il occupe»et lui-même se portera, avec une forte arrière-garde, vers la droite, où le duc d’York est tout pr eSde déboucher. Le lendemain, en effet, à la pointedu jour, la grosse artillerie, les bagages et l’infan'terie se mettent en mouvement, traversent 1*Cense, et détruisent tous les passages. Une heureaprès, Kilmaine avec quelques batteries d’artil-lerie légère, et une forte division de cavalerie, seporte vers la droite, pour protéger la retraite,contre les Anglais . Il ne pouvait arriver plus à pro-pos. Deux bataillons, égarés dans leur route, setrouvaient engagés dans le petit village de Mar-quion, et faisaient une forte résistance contre lesAnglais . Malgré leurs efforts, ils étaient pr elsd’être enveloppés. Kilmaine , arrivant aussitôt»place son artillerie légère sur le flanc des ennemis»lance sur eux sa cavalerie, et les force à reculef’Les bataillons sont alors dégagés, et peuvent r e 'joindre le reste de l’armée. Dans ce moment, l fîSAnglais et les Impériaux, débouchant à la fois s urla droite et sur le front du camp de César, le tro«'vent entièrement évacué. Enfin, vers la chute d ujour, les Français sont réunis au camp de Ga y ' a 'relie, appuyés sur Arras et Douay, et ayant l aScarpe devant eux.

Ainsi, le 8 août, le camp de César est évacuecomme l’avait été celui de Famars ; Cambray etBouchain sont abandonnés à leurs propres force®»comme Valenciennes et Condé . La ligne deScarpe, placée derrière celle de l’Escaut, n’est p aS ’comme on sait, entre Paris et l’Escaut, mais enl rel’Escaut et la mer. Kilmaine vient donc de marchesur le côté, au lieu de marcher en arrière ; et unepartie de la frontière se trouve ainsi découverte-