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Tome II.
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RÉVOLUTION FRANÇAISE .

ment. Il était tout aussi impossible de poursuivreVincent pour quelques actes de despotisme dansles bureaux de la guerre. On n’aurait pu faire àl’un et à l’autre qu’un procès politique, et le mo-ment n’était pas venu de leur en intenter un pa-reil. Ils furent donc élargis *, à la grande joie desCordeliers et de tous les épauletiers de l’armée ré-volutionnaire.

Vincent était un jeune homme de vingt et quel-ques années, espèce de frénétique dont le fana-tisme allait jusqu’à la maladie, et chez lequel ily avait encore plus d’aliénation d’esprit que d’am-bition personnelle. Un jour que sa femme, quiallait le voir dans sa prison , lui rapportait ce quise passait, indigné du récit qu’elle lui fit, il s’é-lança sur un morceau de viande crue, et dit en ledévorant : s Je voudrais dévorer ainsi tous les scé-j lérats. » Ronsin, tour à tour médiocre pamphlé-taire, fournisseur, général, joignait à beaucoupd’intelligence un courage remarquable et unegrande activité. Naturellement exagéré, mais am-bitieux, il était le plus distingué de ces aventu-riers qui s’étaient offerts à être les instruments dugouvernement nouveau. Chef de l’armée révolu-tionnaire , il songeait à tirer parti de sa position,soit pour lui, soit pour le triomphe de son sys-tème. Dans la prison du Luxembourg , Vincent etlui, enfermés ensemble, avaient toujours parlé enmaîtres; ils n’avaient cessé de dire qu’ils triom-pheraient de l’intrigue, qu’ils sortiraient par lesecours de leurs partisans, qu’ils reviendraientalors pour élargir les patriotes enfermés, et en-voyer tous les autres prisonniers à la guillotine.Us avaient fait le tourment des malheureux dé-tenus avec eux, et les laissèrent pleins d’effroi.

A peine sortis, ils dirent hautement qu’ils sevengeraient, et que bientôt ils sauraient se faireraison de leurs ennemis. Le comité de salut publicne pouvait guère se dispenser de les élargir ; maisil ne tarda pas à s’apercevoir qu’il avait déchaînédes furieux, et qu’il faudrait bientôt les réduire àl’impossibilité de nuire. Il restait à Paris quatremille hommes de l’armée révolutionnaire. Là setrouvaient des aventuriers, des voleurs, des sep-tembriseurs, qui prenaient le masque du patrio-tisme, et qui aimaient mieux butiner à l’intérieurque d’aller sur les frontières mener une vie pauvre,dure et périlleuse. Ces petits tyrans, avec leursmoustaches et leurs grands sabres, exerçaient dans

tous les lieux publics le plus dur despotisme. Ayantde l’artillerie, des munitions et un chef entrepre-nant, ils pouvaient devenir dangereux. A eux sejoignaient les brouillons, qui remplissaient les bu-reaux de Vincent. Celui-ci était leur chef civil,comme Ronsin leur chef militaire. Ils avaient desliaisons avec la commune par Hébert, substitut deChaumette, et par le maire Pache, toujours prêt àrecevoir chez lui tous les partis, et à caresser tousles hommes redoutables. Momoro , l’un des prési-dents des Cordeliers, était leur fidèle partisan etleur avocat aux Jacobins. Ainsi on rangeait en-semble Ronsin, Vincent, Hébert, Chaumette, Mo-moro; et on ajoutait à la liste Pache et Bouchotte ,comme des complaisants qui leur laissaient usur-per deux grandes autorités.

Déjà ces hommes ne se contenaient plus dansleurs discours contre ces représentants qui vou-laient, disaient-ils, s’éterniser au pouvoir et fairegrâce aux aristocrates. Un jour, étant à dîner chezPache, ils y rencontrèrent Legendre, l’ami deDanton , autrefois l’imitateur de sa véhémence,aujourd’hui de sa réserve, et la victime de cetteimitation, car il essuyait les attaques qu’on n’osaitpas diriger contre Danton lui-même. Ronsin etVincent lui adressèrent de mauvais propos. Vin-cent, qui avait été son obligé, l’embrassa en luidisant qu’il embrassait l’ancien et non le nouveauLegendre; que le nouveau Legendre était devenuun modéré et ne méritait aucune estime. Vincentlui demanda ensuite avec ironie s’il avait portédans ses missions le costume de député. Legendrelui ayant répondu qu’il le portait aux armées, Vin-cent ajouta que ce costume était fort pompeux,mais indigne de vrais républicains; qu’il habille-rait un mannequin de ce costume, qu’il rassem-blerait le peuple, et lui dirait : i Voilà les repré-sentants que vous vous êtes donnés! ils vousprêchent l’égalité, et se couvrent d’or et deplumes ! j II dit ensuite qu’il mettrait le feu aumannequin. Legendre alors le traita de fou et deséditieux. On fut prêt d’en venir aux mains, augrand effroi de Pache. Legendre ayant voulu s’a-dresser à Ronsin, qui paraissait plus calme, etl’ayant engagé à modérer Vincent, Ronsin répon-dit qu’à la vérité Vincent était vif, mais que soncaractère convenait aux circonstances, et qu’il fal-lait de pareils hommes pour le temps où l’on vivait-— <t Vous avez, ajouta Ronsin, une faction dansle sein de l’assemblée; si vous ne l’en chassez pas,vous nous en ferez raison. » —Legendre sortit in-

* Le 14 pluviôse (2 février).