* napales, qui n’ont pas publié une semblable pro-1 fession de foi !
s Et ce divin Socrate , un jour, rencontrant Alci-1 biade sombre et rêveur, apparemment parce1 qu’il était piqué d’une lettre d’Aspasie :_
Qu’ avez-vous? *lui dit le plus grave des Mentor ;
J auriez-vous perdu votre bouclier à la bataille?s avez-vous été vaincu dans le camp, à la coursei ou à la salle d’armes? quelqu’un a-t-il mieux» chanté ou mieux joué de la lyre que vous à lai table du général? — Ce trait peint les mœurs,s Quels républicains aimables! s
Camille se plaignit ensuite de ce qu’aux mœursd Athènes on ne voulût pas ajouter la liberté delangage qui régnait dans cette république. Aristo-phane y représentait sur la scène les généraux, lesorateurs, les philosophes et le peuple lui-même;et le peuple d’Athènes , joué tantôt sous les traitsd’un vieillard, et tantôt sous ceux d’un jeunehomme, loin de s’irriter, proclamait Aristophane vainqueur des jeux, et l’encourageait par des bra-vos et des couronnes. Beaucoup de ces comédiesétaient dirigées contre les ultra-révolutionnairesde ce temps-là; les railleries en étaient cruelles.
« Et si aujourd’hui, ajoutait Camille, on traduisait» quelqu’une de ces pièces jouées 450 ans avant1 Jésus-Christ, sous l’archonte Sténoclès, Hébert» soutiendrait aux Cordeliers que la pièce ne peut» être que d’hier, de l’invention de Fabre-d’Églan-» tine, contre lui et Ronsin, et que c’est le tra-» ducteur qui est la cause de la disette. »
« Cependant, reprenait Camille avec tristesse,
» je m’abuse quand je dis que les hommes sonts changés; ils ont toujours été les mêmes; la li-* berté de parler n’a pas été plus impunie dans les» républiques anciennes que dans les modernes.
» Socrate , accusé d’avoir mal parlé des dieux, butn la ciguë; Cicéron , pour avoir attaqué Antoine,î fut livré aux proscriptions. »
Ainsi ce malheureux jeune homme semblaitprédire que la liberté ne lui serait pas plus par-donnée qu’à tant d’autres. Ces plaisanteries, cetteéloquence irritaient le comité. Tandis qu il suivaitde l’œil Ronsin, Hébert, Vincent et tous les agi-tateurs , il concevait une haine funeste contre l’ai-mable écrivain qui se riait de ses systèmes; contreDanton , qui passait pour inspirer cet écrivain,contre tous les hommes enfin supposés amis oupartisans de ces deux chefs.
Pour ne pas dévier de sa ligne, le comité pré-senta deux décrets à la suite des rapports deRo-
CONVENTION NATIONALE (1794). 17
| bespierre et de Saint-Just , tendant, disait-il, àI rendre le peuple heureux aux dépens de ses enne-mis. Par ces décrets, le comité de sûreté généraleétait seul investi de la faculté d’examiner les récla-mations des détenus, et de les élargir s’ils étaientreconnus patriotes. Tous ceux, au contraire, quiseraient reconnus ennemis de la révolution, reste-raient enfermés jusqu à la paix, et bannis ensuiteà perpétuité. Leurs biens, provisoirement séques-trés, devaient être partagés aux patriotes indi-gents, dont la liste serait dressée par les commu-nes *. C’était, comme on le voit, la loi agraire,appliquée contre les suspects au profit des patrio-tes. Ces décrets, imaginés par Saint-Just , étaientdestinés à répondre aux ultra-révolutionnaires,et à conserver au comité sa réputation d’énergie.
Pendant ce temps, les conjurés s’agitaient avecplus de violence que jamais. Rien ne prouve queleurs projets fussent bien arrêtés, ni qu’ils eussentmis Paclie et la commune dans leur complot. Maisils s’y prenaient comme avant le 31 mai ; ils sou-levaient les sociétés populaires, les cordeliers, lessections; ils répandaient des bruits menaçants, etcherchaient à profiter des troubles qu’excitait ladisette, chaque jour plus grande et plus sentie.
Tout à coup, on vit paraître dans les halles etles marchés des affiches, des pamphlets, annon-çant que la convention était la cause de tous lesmaux du peuple, et qu’il fallait en arracher lafaction dangereuse qui voulait renouveler les bris-sotins et leur funeste système. Quelques-uns mêmede ces écrits portaient que la convention tout en-tière devait être renouvelée, qu’on devait choisirun chef, et organiser le pouvoir exécutif, etc....Toutes les idées en un mot qu’avaient roulées dansleur tête Vincent, Ronsin, Hébert, remplissaientces écrits, et semblaient trahir leur origine. Enmême temps, on vit les épauletiers, plus turbu-lents et plus fiers que jamais, menacer hautementd’aller égorger dans les prisons les ennemis que laconvention corrompue s’obstinait à épargner. Ilsdisaient que beaucoup de patriotes se trouvaientinjustement confondus dans les prisons avec lesaristocrates, mais qu on allait faire le triage de cespatriotes, et qu’on leur donnerait à la fois la li-berté et des armes. Ronsin, en grand costume degénéral de 1 armée révolutionnaire, avec uneécharpe tricolore, une houppe rouge, et entouréde quelques-uns de ses officiers, parcourait les
* Décrets des 8 et 15 ventôse an II.