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Madame Tallien était la plus belle et la plus ad-mirée de ces femmes qui introduisaient le nou-v eau goût; son salon était le plus brillant et lePlus fréquenté. Fille du banquier espagnol Cabar-ru s, épouse d’un président à Bordeaux , mariéer ®cemment à Tallien , elle tenait à la fois auxl'oinmes de l’ancien et du nouveau régime. Elle^lait révoltée contre la terreur par ressentiment,et aussi par bonté; elle s’était intéressée à touteslas infortunes, et soit à Bordeaux, soit à Paris ,e He n’avait cessé un moment de jouer le rôle des °Uiciteuse, qu’elle remplissait, dit-on, avec une8 r ûce irrésistible. C’était elle qui sut adoucir la^vérité proconsulaire que son mari déployait dans^ Gironde , et le ramener à des sentiments plus hu-mains. Elle voulait lui donner le rôle de pacifiea-le ur, de réparateur des maux de la révolution. Elle•'Ulirait dans sa maison tous ceux qui avaient con-P’ibué avec lui au 9 thermidor, et cherchait à lesBaguer en les flattant, en leur faisant espérer la•^connaissance publique, l’oubli du passé dontPlusieurs avaient besoin, et le pouvoir, qui au-J°urd’hui était promis aux adversaires plutôtQu’aux partisans de la terreur. Elle s’entourait defuîmes aimables qui contribuaient à ce plan d’une8e duction si pardonnable. Parmi ces femmes, bril-*ait la veuve de l’infortuné général Alexandre^eauharnais, jeune créole attrayante, non par sa°auté, mais par une grâce extrême. Dans cesr ®unions, on attirait ces hommes simples et cxal-qui venaient de mener une vie si dure et sil °Urinentée. On les caressait; quelquefois même° n les raillait sur leurs costumes, sur leurs^•Eurs, sur leurs principes rigoureux. On les fai-Si *' 1 asseoir à table à côté d’hommes qu’ils auraientPoursuivis naguère comme des aristocrates, desspéculateurs enrichis, des dilapidaleursde la for-. ne publique; on les forçait ainsi à sentir leur
•Ofériorité auprès des anciens modèles du bon ton1 r
°u bel esprit. Beaucoup d’entre eux, dépourvus^•Uoyens, perdaient leur dignité avec leur ru-Cs se, et ne savaient pas soutenir l’énergie de leur'••’acière; d’autres qui, par leur esprit, savaient•'server leur rang, et se donner bientôt ces^ ntag es de salon si frivoles et sitôt acquis, n’é-j. e,, t cependant pas à l’abri d’une flatterie dé-^ c ate. Tel membre d’un comité, sollicité adroi-| . e ” 1 dans un dîner, accordait un service ouSa 'l influencer son vote.lns ' one femme, née d’un financier, mariée àn ' a 8>strat, et devenue, comme l’une des dé-
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pouilles de l’ancienne société, l’épouse d’un révo-lutionnaire ardent, se chargeait de réconcilier deshommes simples, quelquefois grossiers et presquetoujours fanatisés, avec l’élégance, le goût, lesplaisirs, la liberté des mœurs et l'indifférence desopinions. La révolution, ramenée (et c’était sansdoute un bonheur) de ce terme extrême de fana-tisme et de grossièreté, s’avançait néanmoinsd’une manière trop rapide vers l'oubli des mœurs,des principes, et, on peut presque dire, des res-sentiments républicains. On reprochait ce chan-gement aux thermidoriens; on les accusait de s’ylivrer, de le produire, de l’accélérer, et le repro-che était juste.
Les révolutionnaires ne paraissaient pas dansces salons ou ces concerts. A peine quelques-unsd’entre eux osaient-ils s’y montrer, et ils n’en sor-taient que pour aller dans leurs tribunes s’élevercontre la Cabarrus, contre les aristocrates, contreles intrigants et les fournisseurs qu’elle traînait àsa suite. Ils n’avaient, eux, d’autres réunions queleurs clubs et leurs assemblées de sections; ilsn’allaient pas y chercher des plaisirs, maisexhalerleurs passions. Leurs femmes, qu’on appelait lesfuries de guillotine, parce qu’elles avaient souventfait cercle autour de l’échafaud, paraissaient encostume populaire dans les tribunes des clubs,pour applaudir les motions les plus violentes. Plu-sieurs membres de la convention se montraientencore aux séances des jacobins; quelques-uns yportaient leur célébrité, mais ils étaient silen-cieux et sombres : c’étaient Collol-d’Herbois, Bil-laud-Varennes, Carrier. D’autres, tels que Duhem,Crassous, Lanot, etc., y allaient par simple atta-chement pour la cause, et sans raison personnellede défendre leur conduite révolutionnaire.
C’était au Palais-Royal, autour de la convention,dans les tribunes et dans les sections, que se ren-contraient les deux partis. Dans les sections sur-tout, où ils avaient à délibérer et à discuter, lesrixes devenaient extrêmement violentes. On col-portait alors des unes aux autres l’adresse des ja-cobins aux sociétés affiliées, et on voulait l’y fairelire. On avait aussi à lire, par décret, le rapportde Robert-Lindet sur l’état de la France, ' rapportqui en faisait un tableau si fidèle, et qui exprimaitd’une manière si convenable les sentiments dontla convention et tous les honnêtes gens étaientanimés. Celte lecture devenait chaque décadi lesujet des plus vives contestations. Les révolution-naires demandaient à grands cris l’adresse des ja-