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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
austère; Goujon était jeune, beau, et doué de qua-lités heureuses; Bourbotte, aussi jeune que Gou-jon , joignait à un rare courage l’éducation la plussoignée; Soubrany était un ancien noble, sincère-ment dévoué à la cause de la révolution. A l’instantoù on leur prononça leur arrêt, ils remirent augreffier des lettres, des cachets et des portraitsdestinés à leurs familles. On les lit retirer ensuitepour les déposer dans une salle particulière avantde les conduire à l’échafaud. Us s’étaient promisde n’y pas arriver. Il ne leur restait qu’un couteauet une paire de ciseaux qu’ils avaient cachés dansla doublure de leurs vêtements. En descendantl’escalier, Romme se frappe le premier, et, crai-gnant de se manquer, se frappe plusieurs fois en-core, au cœur, au cou, au visage. Il transmet lecouteau à Goujon, qui, d’une main assurée, seporte un coup mortel, et tombe sans vie. Desmains de Goujon, l’arme libératrice passe à cellesde Duquesnoi, Duroi, Bourbotte et Soubrany.Malheureusement Duroi, Bourbotte, Soubrany, neréussissent pas à se porter des atteintes mortelles;ils sont traînés tout sanglants à l’échafaud. Sou-brany, noyé dans son sang, conservait néanmoins,malgré ses douleurs, le calme et l’attitude fièrequ’on avait toujours remarqués en lui. Duroi étaitdésespéré de s’être manqué : « Jouissez, s’écriait-» il, jouissez de votre triomphe, messieurs les» royalistes! » Bourbotte avait conservé toute lasérénité de la jeunesse; il parlait avec une imper-turbable tranquillité au peuple. A l’instant où ilallait recevoir le coup fatal, on s’aperçut que lecouteau n’avait pas été remonté; il fallut disposerl’instrument : il employa ce temps à proférer en-core quelques paroles. Il assurait que nul ne mou-rait plus dévoué à son pays, plus attaché à sonbonheur et à sa liberté. Il y avait peu de specta-teurs à cette exécution : le temps du fanatismepolitique était passé; on ne tuait plus avec cettefureur qui autrefois rendait insensible. Tous lescœurs furent soulevés en apprenant les détails dece supplice, et les thermidoriens en recueillirentune honte méritée. Ainsi, dans cette longue suc-cession d’idées contraires, toutes eurent leurs vic-times; les idées mêmes de clémence, d’humanité,de réconciliation, eurent leurs holocaustes; car,dans les révolutions, aucune ne peut rester purede sang humain.
Le parti montagnard se trouvait ainsi entière-ment détruit. Les patriotes venaient d’être vaincusà Toulon . Après un combat assez sanglant livré
| sur la route de Marseille , ils avaient été oblig eSde rendre les armes, et de livrer la place sur 1*'quelle ils espéraient s’appuyer pour soulever h*France . Us n’étaient donc plus un obstacle; et,comme d’usage, leur chute amena encore celle <1°quelques institutions révolutionnaires. Le célèbretribunal, presque réduit, depuis la loi du 8 nivôse,à un tribunal ordinaire, fut définitivement aboli-Tous les accusés furent rendus aux tribunaux en*minels jugeant d’après la procédure de 1791; 1® Sconspirateurs seuls devaient être jugés d’après Dprocédure du 8 nivôse, et sans recours en cassa'lion. Le mot révolutionnaire, appliqué aux insti'tutions et aux établissements, fut supprimé. Lesgardes nationales furent réorganisées sur Tancie®pied; les ouvriers, les domestiques, les citoye< lSpeu aisés, le peuple enfin, en furent exclus; et Usoin de la tranquillité publique se trouva ai® slconfié de nouveau à la classe qui avait le plus d i®'térêl à la maintenir. A Paris , la garde nationale’organisée par bataillons, par brigades, et co®|'mandée alternativement par chaque chef de bfl'gade, fut mise sous les ordres du comité militan’ e-Enfin, la concession la plus désirée par les calh°'liques, la restitution des églises, leur fut accordée!on les leur rendit, à la charge par eux de les en-tretenir à leurs frais. Du reste, cette mesure<quoiqu’elle fût un résultat de la réaction, etadappuyée par les esprits les plus sages. On la re 'gardait comme propre à calmer les catholifl ue ®’qui ne croiraient pas avoir recouvré la liberté
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culte tant qu’ils n’auraient pas leurs anciens e 1fices pour en célébrer les cérémonies.
Les discussions des finances, interrompues P alles événements de prairial, étaient toujours IcSplus urgentes et les plus pénibles. L’assemble e 1était revenue aussitôt que le calme avait été rét»'bli; elle avait de nouveau décrété qu’il n’y a® 1 / 11qu’un seul pain, afin doter au peuple roccas* 0 ”d’accuser le luxe des riches; elle avait ordo®® 1,des recensements de grains, pour assurer le Sl1perllu de chaque département à l’appro visio®® ementdes armées et des grandes communes; en • >elle avait rapporté le décret qui permettait lebre commerce de l’or et de l’argent. Ainsi 1gence dés circonstances l’avait ramenée à <I U 'ques-unes de ces mesures révolutionnaires c° nt ‘lesquelles on était si fort déchaîné. L agioteavait été porté au dernier degré de fureur.avait plus de boulangers, de boucliers, d épieen titre; tout le monde achetait et revendait