L" A R T UNIVERSEL
2.98
DES FASCINES, "DES SAVCISSES ,
des
Saucijfons & des Gabions.
"Jt E me suis réservé à parler icy de ces gros Saucissons marquez L & M* en la figure précédente , oùJ ce que j’ay dit des Batteries, ne m'a point laissé de place pour dire comme ils doivent estre faits <non plus que les Gabions dont on sc sert vtilement aux Batteries ; je dira y encore vn mot des vn es
& des autres.
Les sieurs Marolois, de Ville 8c Fritach se rapportent en ce qui est de la maniéré de faire les gran-des Fascines ou Sauciilcs. Qui est que l’on plante dans terre de gros piquets, ou bastons selon la gros-seur 8c longueur qu ’011 veut avoir les Saucislcstpar exemple,d’vn pied Sc demy ou de deux pieds de dia-mètre ; puis entre ces piquets A A A, on met des branches bien menues , des joncs & de petitesperches au dehors. Si ces Fascines ou Saucissons se doivent mettre dans vn marais,dans vn estang, oudans vnc rivière; l’on met au milieu de ces perches & de ces branches des pierres & des briquesmestées avec de la terre : mais quand ce n’est que pour vn sosie, l’on met seulement de la terre toutle long, au milieu de ces branches & de ces perches : puis on lie ces Fascines, & ce qui est dedansavec des branches pliables ou hars, B, comme on fait les fagots. Ainsi se font les Fascines, ou Sau-cisse n s.
De celles-cy , il en faut plusieurs pour faire vn Saucisson, comme on les peut voir en la figure pré-cédente fous les lettres L & M , dans lequel on mesle encore de la terre, 8c par ce moyen on se cou-vre des coups de l’Fnnemy : mais cela se doit faire en des lieux vnis, où on peut les rouler commo-dément , les poussant par derrière à force de bras d’homme, ou avec l’aide des crics, comme en I, ouavec des cordes passées dans des poulies qui font attachées loin à des anchrcs; puis tirant les cordesderrière le Saucisson, on le fait avanccrdcvant soy, & approcher de la Fortcrcsic. On fait encore deces Saucissonsavccdcs joncs, que l’on fait premierement en Fascines, comme on void en N de la fi-gure précédente, & puis on les lie ensemble, & font plus faciles à rouler ; mais plus sujettes à feu, siles joncsfont secs. Ces dernieres Fascines ou Saucisses de joncs ne font pas propres pour fonder dansvn marais ,ou rivière, comme font les premières de petites perches 8c des branches mestées de bri-ques , & autres pierresaumilieu ,leíqucllessc JientJcsvnes joignant lcsautrcs; 8c puis on les merde travers les vnesfur les autres ,ou on les serre le plusqu’il se peut, ainsi qu’on peut voir fous lalettre C. Cela estant mis pour fondement, on peut bastirdestus. Cette façon de fonder est fort c*'vsage au Pars-Bas, 8c autres lieux où on ne peut creuser.
DES GABIONS.
A y dit en la figure précédente, que les Batteries les plus ordinaires estoient celles qui estoient faiter
J ’A y dit en la figure précédente, que les Batteries les plus ordinaires estoient celles qui estoient faiteravec des Gabions, comme on l’a veu au marqué E :-mais la petitesse de la figure n’a pû en faire voirJa disposition, ce qui me l’a fait mettre icy en plus grande ,où vous remarquerez que le canon estlibre pour tirer, 8c peut estre tourné facilement. Ayant assez grande en.bralùrc, on peut mettre huitGabions de chaque costé du canon, comme vous les voyez , seulement six , trois au fond , deuxdevant les joints , 8c vn devant deux, comme ils font marquez en la figure z- z- i.
J’ay dit que ces Gabions doivent estre de huit pieds de haut, 8c cinq ou six pieds de diamètre ,qui sc font avec des bastons de saule qu’on plante en terre , 8c qu’on cntrelaflc de branches vertesavec leurs feuilles, 8c • qu’on les pose vuidesoù on les veut aux Batteries , 8c puis on les fait remplirde terre ; faute de bonne terre, le fable mesiéavcc le fumier est tres-exccllcnt j il fait vn corps quirésiste plus que la simple terre.
Pour boucher cette embrasure au dessus de ce qui est nécessaire peur tirer le canon, on doit prendredes planches fort épaisses pour le moins à l’épreuve du mousquet, 8c l’ouvcrture qui reste pottrtirer le canon, se fermera aussi-tostqu’il aura tiré, avec des Madriers qui soient à l’épreuve, comme lereste. Les fronteaux de mire, 8c le reste qui sert au canon, font choses qui appartiennent à ceux qui-ont charge de l’artilleric; c’est pourquoy je n’cn dis rien,pour entrer auplûtost à la prise de laForteresse , commençant par les dehors.