NOTICE
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lever le poni derrière eux. Ils sont vainqueurs puisqu’ilsn’ont plus qu’à combattre : une poignée d’hommes aconquis cette île qui pouvait, disait l’amiral Rodciey,résister aux efforts d’une armée nombreuse.
Ceux qui trouvaient M.. de Bouille si redoutable dansl'action s’étonnaient de sa douceur après le combat. Lecolon, l’étranger, le commerçant, ne réclamaient jamaisen vain sa protection. On admirait également sa justice etson désintéressement( r).Sesennemisredoutaientsa valeuret donnaient des éloges à son humanité. Un jour, lesvents furieux qui soulèvent les mers des Antilles , bri-sèrent en éclat deux frégates anglaises sur les côtes dela Martinique . Averti par des signaux de détresse, M. deBouille vient porter des secours à ceux corme lesquelsil a si souvent combattu. Des feux protecteurs sont allu-més sur le rivage; des cordes sont lancées à la mer. Ilrassemble les débris échappés à la tourmente; il recueilleles malheureux naufragés, les nourrit, les habille, et lesrenvoie, touchés de reconnaissance, et surpris d’êtrelibres, à l’amiral anglais . Je ne vois point d’ennemis ,disait-il, je ne vois que des infortunés, dans ceux quepoursuit la tempête : et je ne saurais faire prisonniersdes hommes que les flots m’ont livrés sans défense.
Un dernier exploit allait signaler sa valeur. Au milieu
(i) Les Anglais disaient eux-raêmes que M. de Bouille comptait deuxpuissansauxiiiaires dans les Antilles : sa justice et son desintéressement.L’amiral Rodney avait donné d’autres exemples, en s’emparant de l’îleSaint-Eustache, au mépris du droit des gens. Deux millions six centmille livres qu’il avait ravis aux Hollandais se trouvaient encore dansl ile au moment où M. de Bouille en fit la conquête : il rendit ces fondsà leurs véritables possesseurs. En 1786, les États-Généraux de Hollandelui firent remettre, par leur ambassadeurs Paris , un solitaire de 24,000florins, pour reconnaître à la fois ses services et ses généreux procédés,