xvj NOTICE
redouté du plus puissant, estimé de tous, et long-tempsmaître de donner la victoire à celui vers lequel incli-nera son choix. Pour M. de Bouillé, ce choix pou-vait-il être douteux? Jamais le gouvernement monar-chique n’eut de partisan plus éclairé; jamais Louis \YIne conipta de sujet plus dévoué, j’oserais dire d’ami plusfidèle. On connaîtra les projets qu’avait conçus M. deBoitillé; l’on saura' comment le respect qu’il devait à desvolontés augustes enchaîna son zèle, et comment, dansune circonstance bien mémorable, le sort et les hommesse plurent à déjouer toutes les combinaisons de sa pru-dence, à tromper tous les voeux de son coeur.
On n’a point assez fait son éloge en disant que son dé-vouement pour le roi et pour la monarchie tenait del’héroïsme des temps anciens. Sans doute, par sa valeuret sa loyauté, le marquis de Bouille eût dignement prisplace parmi les chevaliers de Charles VII et de Fran çois I er ; mais son caractère, ses idées, ses connaissances ,ses talens militaires, le rapprochent davantage des géné-raux de Louis XIV : il eût mis comme eux sa gloire àrehausser la splendeur du trône; il partageait leur admi-ration pour le système monarchique fondé par ce grand
en 1790. 11 fut nommé depuis general en chef d’une des quatre arméesqui composaient alors les forces militaires de la France .
Ce fut pendant son commandement en Lorraine qu’eut Heu l'affairede Nancy contre les soldats rebelles aux décrets de l’Assemblée nationale •affaire devenue célèbre, parce que l’opiniâtreté de la résistance tt lesdifficultés de l’attaque lui donnèrent la chaleur, l’importance et Jes tris-tes résultats d'un combat. On voulait, à cette époque, envoyer à M. deBouille le bâton de maréchal de France, M. de Bouillé refusa par unsentiment qui l’honore. Il ne voulait point que cette récompense fût leprix d’un succès remporté contre des Français , ni que son dévouementpour le roi et pour la monarchie parût acheté au prix de cette dignité,qui semblait ne pouvoir lui échapper un jour.