12 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
Le régent, que ce monarque appelait un fan-faron de crimes, affaiblit l’autorité royale , et jeta ,par son immoralité, des semences de corruptionqui poussèrent de profondes racines (i). Leur dé-veloppement fut arrêté par le ministère sage ducardinal de Fleury qui, pendant les vingt premièresannées du règne de Louis XY , rendit au gouver-nement une partie de sa force. Mais a la mort dece premier ministre, les grandes maximes moraleset politiques commencèrent de nouveau à être né-gligées : il n’y eut plus d’ensemble ni d’accord dansles différentes parties de l’administration ; et lemonarque, faible et incapable de diriger lui-mêmeles ressorts du gouvernement, livra sa personne etson royaume à des maîtresses, qui elles-mêmes enabandonnaient la conduite à des ministres indé-pendans les uns des autres dans leurs départemens,souvent peu habiles et toujours parvenus par l’in-
qui a duré environ cent vingt ans. Ce conseil était composé deMM. Le Tellier , Louvois, Colbert , Servien , et fut présidé par lechancelier Séguier. M. de B.
(1) Jamais le libertinage parmi les femmes, même les plusquali-liées, et la débauche des gens de la cour, ne furent portés à un sigrand excès que sous le régent. ÇVoyezlesMémoires du duc deSaint-Simon, ami de ce prince.) Le ministère assez austère du cardinalde Fleury , l’exemple de la reine vertueuse, femme de Louis XV ,celui de sa cour qu’elle tint avec décence et avec dignité ; la con-duite du roi quine prit de maîtresses qu’aprèsla mort du cardinal,toutes ces causes contribuèrent à ramener au moins de la décencedans les mœurs de la cour , qui influent tant sur celles du public,surtout dans un gouvernement tel que celui des Français alors.
M. de B.