CHAPITRE PREMIER.
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trigue. Quelques-uns d’entre eux abandonnèrent lesanciens principes; le duc de Choiseul même ren-versa brusquement, par son inconsidération , parsa légèreté, et par son esprit entreprenant et au-dacieux , tout le système moral et politique du gou-vernement que Louis XIV avait fonde à l’aide desministres les plus habiles de son siècle. Dès-lorscommença à se développer le principe de révolu-tion dont le royaume était menacé.
Je ne crains même pas d’en accuser positivementce ministre. Ce fut lui qui acheva de corromprela cour par l’argent : il corrompit, par ce moyen ,la noblesse des provinces qu’il attira à Versailles ;il lui fit bientôt préférer l’intrigue et l’intérêt àl’honneur, dont elle avait, pendant si long-temps, gardé le dépôt sacré (i). Le même espritse répandit dans l’armée, dont ce ministre chan-gea la constitution, qui, tout extraordinaire qu’elleétait, la rendait une des meilleures de l’Europe .Au lieu de contenir les parlemens dans les bornesque leur prescrivait l’autorité souveraine éta-blie par Louis XIV , il fut le premier des mi-
\i)Il donna des pensions considérables aux principaux person-nages de la cour, et aux officiers qui occupaient les premiersgrades dans l’armée, qui jusqu’alors s’étaient contentés de leursappomtemens , et qui s’en faisaient honneur. On remarque que ,sous le ministère du cardinal de Fleury, l’État payait trois millionsde pensions à des militaires ; elles montaient à seize sous celui deM. de Choiseul. Lors de l’assemblée des notables en 1787, la tota-lité des pensions montait à vingt-huit millions, dont les quatrecinquièmes étaient répandus dans l’armée. M. de B.