T 8 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
entre autres M. Turgot, apportèrent dans l’admi-nistration un esprit systématique , et d’autant, plusdangereux que ces ministres se succédèrent très-rapidement , jamais le ministère n’ayant éprouvédes changemens'aussi fréquens.
La nation française , au point de corruption oùelle était parvenue, ne pouvait plus être conduiteque par un bras vigoureux, tel que celui deLouis XIV ; mais celui de Louis XVI , guidé parun vieillard, encore plus son mentor que son mi-nistre, était trop faible. Ce dernier préféra la dou-ceur à la sévérité, et persuada aisément au roi quel’amour de ses peuples devait être préféré à la
balançait entre M. de Machault, un des ministres sous Louis XV ,disgracié en 1757, reconnu pour un des plus habiles hommes d’Etatqui eussent paru sous ce règne, et entre M. de Maurepas, quin’avait acquis aucune réputation pendant son ministère ,mais quilui était recommandé dans les Mémoires que lui avait laissés le feudauphin son père. Ce prince, ennemi de madame de Pompadour,s’intéressait à M. de Maurepas, ennemi de cette maîtresse, quil’avait fait disgracier sous le règne de Louis XV . La préférence futdonnée à celui-ci, auquel le jeune roi écrivit la lettre suivante ,qui est très-remarquable :
« Dans la juste douleur qui m’accable, Monsieur , et que je» partage avec tout le royaume, je sais que j’ai de grands devoirs» à remplir, et je n’ai que vingt ans. Je n’ai pas les connaissances» qui me sont nécessaires. La certitude que j’ai de votre probité» et de votre habileté dans les affaires, m’engage à vous prier de» me donner jVOS conseils. Venez donc le plus tôt qu’il vous sera» possible. »
M de Machault n’est mort que dans la première année de la ré-volution , ayant conservé toute sa tête , tout son esprit, et toute laforce de son caractère jusqu’au dernier moment. M. de B.