2.6 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
tré ailleurs pour la détruire. Je vis cette nation $à l’issue d’une guerre civile et étrangère où elleavait eu à combattre, pendant plusieurs années,ses colonies révoltées et les forces combinées dela France , de l’Espagne et de la Hollande , sortirde cette lutte extraordinaire aussi riche, aussiforte, aussi puissante qu’elle l’était auparavant,malgré la perte de l’Amérique et de trois millionsde sujets industrieux.
Je vis la religion respectée , sans que les phi-losophes osassent lever le voile sacré qui la couvre ;je vis encore des mœurs pures répandues parmi lepeuple , et contenues chez les riches et chez lesgrands par l’opinion publique; je vis les richessesdes particuliers servir au bonheur de la nation , etcontribuer à la prospérité générale ; je vis un luxemodéré tourner vers l’utilité publique, sans in-sulter comme ailleurs à la misère qui y était in-connue ; je vis la bienfaisance et l’humanité fairepartie de l’esprit national , et le peuple le plus fierdu monde être en même temps le plus généreuxet le plus humain. Si je crus apercevoir quelquesdéfauts dans les parties secondaires du gouverne-ment, je jugeai cependant qu'une nation heureusechez elle, puissante au-dehors, avait les meilleuresinstitutions humaines. Je fis des vœux pour qu’elleles conservât dans leur pureté, en regrettant qu’ellesfussent étrangères à ses voisins.
En quittant l’Angleterre, je traversai la EIol-lünde peur aller en Prusse. Je vis les Hollandais