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Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
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CHAPITRE III.

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était lié avec celui des administrations provinciales,quon substituait au régime arbitraire des inten-

impôts directs sur les biens-fonds, gabelles ou capitation. QuoiquelÉtat ne reçût que 4 7 4 millions , on comptait pour 56 millions defrais de perception, 11 à 12 millions de non-valeur dans la recette ;et daprès le calcul de M. de Boulogne, contrôleur général sousLouis XV , le peuple payait d'impositions non royales , en droitsseigneuriaux, péages et au clergé , non compris les décimes mon-tant à i4 millions , une somme totale de 56 millions environ. LaFrance payait annuellement environ 3 millions 5oo,ooo livres da-près le concordat.

Plusieurs grandes provinces , telles que la Bretagne , la Bour­ gogne , le Languedoc, qui avaient conservé desétatsque LouisXIVnavait pas cru devoir supprimer, à cause de leur importance,étaient abonnées pour les vingtièmes, et pour les autres imposi-tions , bien au-dessous de la valeur de ce quelles auraientpayer. Plusieurs grandes villes avaient obtenu des privilèges oufait des abonnemens au détriment du trésor public , ainsi quebeaucoup de particuliers , principalement des grands seigneurs ,des gens de la cour, des gens à crédit et les membres des par-lemens. Les princes du sang, par exemple, qui jouissaient entreeux denviron 24 à 25 millions de revenu , ne payaient pour leursdeux vingtièmes que 188 mille livres, au lieu de deux millions4oo millelivres. Je citerai , à ce sujet , une anecdote qui serviraencore à confirmer lexistence de cet abus.

Le duc dOrléans , qui présidait le bureau dont jétais à lassem-blée des notables, me dit un jour, après une délibération lonavaitagité et arrêté lavis détablir les administrations provinciales:« Savez-vous, Monsieur , que cette plaisanterie rne coûtera aumoins 3oo mille livres de rente? Je lui demandai : Commentcela , Monseigneur? Cest quavec les intendans je marrange ,et je paie à peu près ce que je veux; et les administrations provin-ciales , au contraire, me feront payer à la rigueur. » Ce princeavait alors 7 millions 5oo mille livres de rente, et il a hérité, depuisla mort du duc de Penthièvre, son beau-père, de 4 millions derevenu. M. de B.