48 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
et pour conserver leur influence populaire, deman-dèrent l’assemble'e desétats-gènéraux du royaume,dont celle des notables avait donné l’idée, bienpersuadés que la cour s’y refuserait. Le clergé ,dans les mêmes vues et avec la même conviction, fîtla même demande et la même faute. Le gouverne-ment en fît une plus grande encore, celle de lespromettre. Depuis près de deux siècles, les étatsdu royaume n’avaient point été rassemble^, et ils’était fait dans ce long espace de temps de si grandsehangemens dans l’esprit, - dans-les mœurs, dansle caractère, dans les usages et dans le gouverne-ment de la nation française, qu’ils devaient néces-sairement produire un bouleversement général.
Les états du royaume, dans ces temps reculés,n’étaient composés , pour le clergé, que d’ecclésias-tiques possédant des bénéfices ; pour la noblesse,de propriétaires de fiefs, et, pour le tiers-état, dedéputés des grandes villes, choisis parmi les officiersmunicipaux ou les principaux notables. On ne lesconvoquait que dans des circonstances extraordi-naires de trouble intérieur ou de guerres étran-gères. Presque aucune de ces assemblées ne pro-duisit de bien ; une seule occasiona de grandsdésordres ; mais elle fut tenue sous le roi Jean. Ceprince était prisonnier ; le royaume était déchirépar une.guerre intérieure et étrangère; les Anglais en occupaient une grande partie. Le nombre desreprésentans ne fut jamais fixé , il a été rarementau-dessus de sept cents, quelquefois au-dessous de