58 MÉMOIRES Dü MARQUIS DE ROUILLÉ,
à ce but, il chercha à indisposer ce prince contreles premiers ordres de l’Etat, dont la con-duite lui avait déjà occasioné des préventionsfâcheuses et peut-être méritées; il lui fit aperce-voir tous les inconvéniens qui résultaient desénormes prérogatives du clergé ; il lui représental’avidité des grands et des courtisans, qui dévo-raient la subsistance de ses sujets ; les abus des pri-vilèges de la noblesse et de ceux de certainesprovinces qui s’opposaient au soulagement qu’ildésirait procurer à ses peuples par une juste répar-tition des impôts; enfin, la désobéissance des par-lemens, leurs prétentions sans bornes, leur am-bition dangereuse. Appuyé par l’opinion publique,il lui fut aisé de lui démontrer que les droits, lesprérogatives,l’esprit même de ces corps, mettaientun obstacle à sa bienfaisance, vertu dominante deson cœur; mais il négligea de lui faire connaîtrequ’ils étaient la charpente de la monarchie, dontl’existence dépendait de la leur, et qu’autant il étaitnécessaire d’en corriger ou d’en réprimer les vices ,autant il était dangereux d’en détruire le principe.Telles furent cependant les préventions que cepremier ministre donna au roi, non-seulementpendant qu’il fut en place, mais même après enêtre sorti, ayant conservé une grande influence parle crédit de la reine, dont il avait la confiance.Ainsi les vertus morales et religieuses de Louis XVI servirent les principes déréglés d’un philosophe etd’un athée.