go MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
moi , je cesserais de l’accompagner ; que j’étaisprêt à me battre pour la cause de la liberté', maisnon à m’ennuyer pour elle. Depuis ce temps , jel’ai vu beaucoup plus fréquemment; il m’a paruun homme dévoré du désir de mettre son nom à latête de la révolution de ce pays-ci, comme Was-hington a mis le sien à la tête de celle de l’Améri-que ; mais ne voulant employer que des moyenshonnêtes, ayant une grande présence d’esprit,une tête très-froide, de l’activité, quoiqu’un choixassez médiocre dans son emploi, beaucoup d’a-dresse à profiter des circonstances, quoique man-quant du génie qui les crée, au total un hommehonnête et de mérite, quoique ce ne soit pas ungrand homme. Je désirai dès-lors que vous pussiezêtre unis, et je pensai que quelques petits intri-gans subalternes pouvaient bien avoir semé à des-sein des défiances entre vous. Peu de temps après,on apprit que des troupes prussiennes venaientdans le pays de Liège ; je pensai que ce pouvaitêtre le prétexte d’une guerre contre nous : j’en parlaià M. de La Fayette qui me parut être assez de monavis; et comme sa position le rendait à peu prèsmaître de disposer du commandement de l’armée,je lui demandai quels étaient ses projets à ce sujet :il me répondit qu’il voulait mettre en avant M. deRochambeau, quoiqu’il le crût moins capable quevous; mais qu’il pensait qu’on ne pouvait mettresans danger l’armée entre les mains d’un hommeaussi éloigné des principes populaires , et que