üy6 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE,
de la frontière , soit pour s’assurer d’une positionrespectable, par la possession de quelque port demer, et y attendre les effets d’une négociation qu’ilentamerait au nom de l’impératrice et au sien, ainsique des autres alliés du roi, avec le nouveau gou-vernement français ; négociation qu’il croirait de-voir être d’autant mieux accueillie, qu’on ne devaitlui supposer aucune vue d’ambition ni de con-quêtes. 11 me parut donc être assuré que l’Espagne et la Sardaigne feraient également marcher sur lafrontière des armées qui appuieraient la sienne , etqu’il comptait peu sur les dispositions du roi dePrusse, encore moins sur celles de l’empereur, con-naissant le caractère pacifique de Léopold, qui nepouvait être entraîné dans une guerre que par l’am-bition du cabinet de Vienne dont on devait crain-dre les effets. Ce prince m’assura en même tempsqu’il devait commander en personne cette arméecombinée de Russes et de Suédois ; que l’Espagne avait promis quinze millions pour les frais de l’ex-pédition dont les dispositions étaient déjà prépa-rées. Il m’offrit de commander sous lui les troupessuédoises. Pressé par ce monarque, qui m’avait faitpart de tous ses projets et de ses plans; subjuguépar ses louanges flatteuses ( on résiste difficilementà celles d’un héros ), je me rendis. Je parvins à dis-siper mes scrupules sur la démarche que j’avais faiteauprès de l’impératrice ; j’acceptai ses offres ; jem’engageai avec lui, dans l’unique vue d’être em-ployé dans l’expédition en France , et d’avoir en-