564 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUILLE.
fiait ; niais , depuis les troubles de France , il s’étaifeformé contre lui un parti dans le grand-conseil,composé de petits bourgeois et marchands desvilles, qui, pour la plupart liés par leur commerceavec ceux de France , étaient, dans ce moment,intéressés à la révolution française, à cause desassignats qu’on avait laissé très-imprudemmentintroduire en Suisse , et y avoir cours, et qui étaientdevenus une spéculation lucrative pour les parti-culiers de cette nation ; ils envisageaient aveccrainte une contre-révolution en France , dont l’a-bolition des assignats eût été la suite.
M. Steiger me dit lui-même que ce motif avaitattaché une grande partie des bourgeois de la Suisse au succès de la révolution française ; ce qu’il me futbien facile de remarquer, pendant le séjour, quoi-que très-court, que je fis en Suisse , particuliè-rement à Berne . Je remarquai également que laplupart des anciens officiers suisses attachés auservice de France précédemment, qui étaient,ainsi que beaucoup de familles anciennes, pen-sionnés par le roi de France , étaient devenus lesplus grands partisans de la révolution : il est vraique le nouveau gouvernement français leur avaitcontinué à tous les mêmes traitemens, au nom dela nation.
Les avoyers du canton de Berne me répétèrentce que m’avaient dit ceux de Soleure , relativementau passage des troupes impériales sur le territoirede Bâle , pour s’emparer des gorges de Porentruy :